jeudi 14 juillet 2016

Teach for Capital: l'éternelle mission civilisatrice


De tous les propos de Teach for Belgium que j’ai pu analyser jusqu’ici, ceux qui me troublent le plus, ceux qui ne cessent de me trotter dans la tête et de hanter mon subconscient, se trouvent dans cet article de La Ligue des Familles, en réponse à la question de pourquoi les élèves des écoles en difficulté « n’arrivent pas à imaginer un autre chemin ». Eh bien :
« Tout simplement parce qu’ils ne savent pas rêver ! »
L’impuissance apprise de cette population, de ce « muted group », s’expliquerait donc par son manque d’imagination.

Non pas par cette fameuse pyramide de Maslow qui place devant les rêves les besoins premiers qui restent à ce jour inassouvis pour la plupart de l’humanité.

Non pas par l’éventualité que se retrouver dans le besoin peut modifier à jamais son regard sur la société et le modus operandi du système économique dont elle dépend. Séjourner dans les coulisses du système permet de faire intimement l’expérience de la précarité inhérente au bon fonctionnement de celui-ci.

Parfois jusqu’au point de remplacer le rêve d’un jour pouvoir parvenir à reproduire à son tour l’idéal culturel scintillant de hégémonie par un autre : un jour, plus personne ne devra connaître ces horreurs. 

Ce rêve qu’un jour, notre société se mobilisera pour repartir ses ressources de sorte que les besoins de base de chaque être humain soient assouvis, et ce sans égard pour son utilité au pouvoir. Sans obligation de prostitution quelconque. Du simple fait de la nature de cet être, qui est sacré, puis que créé d’une substance dont l’origine nous dépasse, mais à la quelle nous devons chacun chaque seconde, chaque souffle. 

Et cette conviction qu’une éducation humaniste et citoyenne est le meilleur moyen de parvenir à cet entendement.

Au fond, TFx et moi partageons le même rêve : un jour, la réussite d’un élève ne dépendra plus de son origine socio-économique.

Define : réussite.

Dans le système économique actuel auquel nous avons affaire, ce statu quo défendu par TFx malgré la réalité indubitable que nous sommes sur le point d'épuiser de façon définitive le peu de ressources qui nous restent, la réussite d'un être dépend de son utilité au pouvoir, de sa propension à l'exploitation. Ceux dotés des compétences nécessaires à cette exploitation relèvent de l' « in group ». Ils vivent le rêve.

Quant aux autres, ceux de l'« out group » n'ayant pas les compétences utiles au pouvoir, on peut dénombrer deux « subsets » : ceux qui peuvent acquérir ces compétences, grâce à leur volonté, puisée dans la nécessité ou bien la capacité à « rêver » ce si beau rêve hégémonique du fait de leur culture et/ou personnalité, et ceux qui ne peuvent pas, du fait d'un handicap, d'une maladie, de leur manque de volonté, de leur dégoût de ce vieux jeu, leur incapacité à « rêver » ce si beau rêve hégémonique.

Dans le discours de TFx, réussite entend passer, grâce à l'acquisition de compétences utiles au pouvoir, de l'« out group subset » qui p/veut à l'« in group ». C'est vivre le rêve.

Réussite n'entend pas éliminer l'inégalité, qui demeurera toujours chez ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas acquérir les compétences utiles au pouvoir, et qui continuera de se manifester en nuances pour tous les autres, en fonction du degré d'utilité de leurs compétences au pouvoir.

J’aimerais terminer par promouvoir, directement ou pas tellement, une idéologie quelconque, résistance, théorie du conflit, guillotine, quelque beau discours capable de concurrencer celui du néolibéralisme, de fournir pareil rêve, de faire preuve d'une prétention et d'une ingratitude pareilles devant cette substance dont nous sommes chacun faites, et ce pour l'entier bienfait de mon « out group subset » . Mais au fond, je suis simplement humaine, et ainsi couverai-je toujours ce rêve qu’un jour nous adopterons un système économique qui rend à chaque être sa dignité, où la réussite d'un enfant ne dépendra pas de sa capacité à exploiter un autre ; qu'un jour nous militerons pour un système éducatif à vocation humaniste et citoyenne qui inculquera à chaque enfant le savoir nécessaire pour parvenir à cet état d'entendement qui est l'épanouissement de notre nature même. Cet entendement qui permet de comprendre qu'ordre sociale n’équivaut pas justice sociale.