mercredi 20 juillet 2016

Teach for Capital: Don't Feed the Frame


De toutes les théories en sciences sociales qui m'ont permis de mieux problématiser le monde, celle qui se montre la plus utile actuellement dans ma recherche sur Teach for France est sans doute le framing (cadrage). Partant de la même situation, selon le cadre emprunté, on aboutit à des conclusions très différentes. La maîtrise du cadrage d'une situation est critique car on ne peut gagner à un jeu conçu pour nous faire perdre.

Partant du même problème de base, l'inégalité dans le monde, TFx (à l'instar du capital qu'il représente) emploi un cadrage qui explique cette inégalité par l'exclusion de certaines populations du système économique actuel, car déprouvues des compétences utiles au pouvoir. Ce cadrage assume donc que le système économique actuel soit capable d'éradiquer l'inégalité si seulement tous ses membres avaient l'opportunité et la volonté de se doter des compétences nécessaires à leur bonne exploitation par le pouvoir. L'inégalité ne serait donc pas structurelleRésoudre les inégalités impliquerait une fusion entre l'école et l'entreprise, le premier ayant comme vocation de transmettre les compétences nécessaires à une bonne exploitation par le dernier.

Selon ce cadrage, donc, nous arrivons au discours de TFx sur l'inégalité scolaire. L'inégalité scolaire est à son tour encadrée pour signifier que l'école ne prépare pas suffisamment bien au monde de l'entreprise. L'inégalité scolaire ne signifie pas : que la situation sociale de certains élèves ne leur permettent pas d'assouvir à leur besoins physiologiques, ainsi freinant leur capacité d'apprendre; que certains élèves ont accès à une éducation humaniste et citoyenne et d'autres non, l'école étant de moins en moins un lieu de paideia propice à la réflexion critique ; que les professeurs capables de transmettre un tel enseignement se font de plus en plus rares en raison, entre autres, des salaires de misère et une dévalorisation générale de ce métier par une culture qui ne valorise pas la vie examinée. 

Tant qu'il y a aura des inégalités scolaires, ne cesse de répéter Teach for Belgium, comme un vinyl rayé, quand les citoyens s'inquiètent de l'immixtion des intérêts privés dans l'école publique.
Tant que l'école ne servira pas parfaitement les besoin des entreprises, peut-on comprendre grâce au cadrage.

En répétant ad naseum inégalités scolaires, TFx encadre notre pensée, définit le schéma, dicte la règle du jeu, et nous empêche d'aborder le problème de base de l'inégalité sociale, de s'interroger quant aux autres cadres possibles pour résoudre celui-ci : nous sommes ramenés sans cesse au cadre du capital.

Grâce à ce cadrage, le capital réussit donc à 1) naturaliser le statu quo du système économique actuel ; 2) projeter un problème social général (l'inégalité) sur une seule institution (l'école) ; et 3) placer une autre institution (l'entreprise) et classe sociale (le capital) en position d'apporter la réponse à cette institution, ainsi esquivant toute responsabilité pour l'origine du problème social général.

TFx est un projet commercial politico-idéologique déguisé en projet éducatif. 

Sortons pour un moment de ce cadrage de capital pour revenir au problème social général de base qui est l'inégalité. Supposons que l'inégalité soit structurelle dans le système économique actuelle. Cela impliquerait que nous ne pouvons plus nous baser sur sa manière d'exploitation comme modèle si nous espérons sincèrement à l'égalité (et non simplement à l'ordre). Résoudre les inégalités impliquerait une réforme des institutions dont le bon fonctionnement dépend de cette manière d'exploitation, le monde de l'entreprise en premier et son projet pour l'école à travers TFx, qui vise à transformer l'école en un lieu de formation professionnelle résultant dans un intellect atrophié des citoyens qui ne sachent pas sortir du cadrage afin de reprendre en main leur sort.