lundi 11 juillet 2016

Teach for Capital: Il suffit d'y croire


Les promesses de la part de l'assocation Teach for Belgium quant aux implications futures de son financement privé débordent de toutes parts : l’association serait, malgré les intérêts commerciaux qui la rendent possible, entièrement désintéressée et apolitique, sans la moindre intention d’influencer le programme scolaire des écoles publiques :


« les partenaires privés ne s’immiscent pas dans le contenu de la formation et ne demandent rien en échange de leur financement » rassure son fondateur. 

« Il jure que la démarche de l’asbl est parfaitement inclusive. Teach for Belgium travaillera dans les écoles, avec les enseignants. Ils n’ont pas à vocation de révolutionner l’enseignement (...) » 

Ou encore, « L’asbl étant apolitique et a-philosophique (pas question de sponsoring), ces investisseurs ne peuvent en aucun cas intervenir dans le contenu pédagogique des programmes. »


J'aimerais tant y croire. C'est un beau récit, de très belles promesses. Mais comme pour beaucoup, du fait de mon éducation hypothético-déductive, croire me vient assez difficilement.

Surtout quand on peut lire ailleurs que l'école en Belgique ne sert pas bien du tout les intérêts des entreprises, ou que les matières enseignées à l'école doivent pouvoir s'appliquer à l'entreprise. Ou que la formation initiale et continue des enseignants doit être conçue en fonction des besoins des entreprises. Et quand on sait que cette relevance commerciale est un principe essentiel du réseau Teach for All et de ses associations partenaires, par exemple Teach First, qui explique

« The collaboration with business is important, adds Teach First, not just for the funding but to help schools equip students with more of the skills required by modern employers. »

Et aux États-Unis, il faudrait des heures pour détailler ici l'étendu de l'influence de Teach for America sur nos programmes scolaires, notamment à travers son soutien pour le Common Core. 

Il se trouve que je ne m'oppose pas à l'enseignement des sujets commerciaux à l'école pour les élèves qui en feraient le choix. Personnellement, d'avoir une connaissance de base en ces sujets m'aide énormément à comprendre le système économique auquel nous avons affaire et que j'estime être la source de ces inégalités. Mais la question n'est pas là.

La question est : peut-on, en tant que citoyen, faire confiance à un acteur privé, financé par des intérêts privés, quand il jure de ne pas s'immiscer dans le contenu des programmes scolaires de l'école publique ? Et ensuite, une éventuelle impression de confiance peut-elle suffire à fonder nos plus grandes décisions ?

Si seulement c'était la dissonance engendrée par un discours incohérent, qui varie selon le climat national (dans un pays anglo-saxon, on peut se permettre de dévoiler ses intentions néolibérales) ou du stade où l'on se trouve dans son business plan (pendant le lancement, il vaut mieux ne pas être trop agressif)...

Si seulement c'était question d'un beau site web et de bonnes relations publiques, un marketing mix spécialement conçu pour une vente difficile (hard sell). Le site web est bien, les photos sont belles (display work), l'habitus passe, les critiques sont élogieuses. 

Mais dans l'analyse finale, c'est une question de principe. Et je n'y crois toujours pas.