dimanche 17 juillet 2016

Teach for Capital: Taking Capital Seriously


As long as the problems of the poor are not radically resolved by rejecting the absolute autonomy of markets and financial speculation, and by attacking the structural causes of inequality, no solution will be found for the world's problems or, for that matter, to any problem. - Pope Francis

Dans cet entretien audio avec RCF et sa journaliste décevante, on peut entendre (à 24") cette promesse récurrente de Teach for Belgium qui peut surprendre :
TFB : « on a aussi comme ambition d’exister pour ne pas exister, c’est-à-dire on ne demanderait pas mieux on veut être projet pilote on veut vraiment transmettre notre expérience mais dans le système et pas hors du système (...) »
Journaliste : « voilà vous espérez créer un réseau qui finalement fonctionnera donc de lui même »
TFB : « oui et voilà puis un jour peut-être ne plus exister »
Journaliste : « voilà parce que l’objectif sera atteint, la réussite d’un élève ne dépendra plus de son origine socio-économique »

Cette promesse est souvent répétée par le fondateur du mouvement, par exemple, dans Le Soir :
« Notre objectif à terme est de ne plus exister. »

Et cette semaine, j'ai même eu droit à une réitération de celle-ci lors d'un communiqué spéciale publié par Teach for Belgium suite à l'assaut médiatique pour exposer la nature politico-idéologique de cette association mené par moi-même et l'association belge Changements pour l'égalité (avec qui je ne suis pas affilée mais soutiens pleinement) :
« Enfin, qui dit projet pilote dit projet ayant pour vocation à disparaître. En effet, face à l’urgence, Teach for Belgium souhaite apporter au monde éducatif que nous connaissons une piste de solution. Dès que les réformes en cours dans le secteur public auront permis de faire disparaître les inégalités scolaires, Teach for Belgium n’aura plus vocation d’exister. »

Mouais, me suis-je dite. Avant de me rappeler aussitôt la règle d'or de l'anthropologie : il faut prendre les gens au sérieux. Il faut prendre le capital au sérieux. Et quand une association porte-parole du capital dit qu'elle espère ne plus exister, eh bien, qu'on l'écoute. 

Mais ô dissonance. Le modèle TFA promu par cette association et qui a infligé, et continue d'infliger, tellement de mal à des millions d'enfants dans mon pays natal n'a pas, même après 25 ans et tout l'argent et soutien au monde, réussit à éradiquer l'inégalité scolaire (par contre, le rapport annuel de TFA comporte des jolies illustrations qui permettent de visualiser la croissance de l'organisation et l'étendu de son népotisme). Ô dissonance quand on sait que la motivation de base de toute personne, toute idéologie, tout groupe, toute culture est la survie et la reproduction même. Biologique, idéologique, sociale, culturelle. 

Ce qui laisse une seule possibilitéTeach for Belgium n'existera plus le jour où son modèle de privatisation sera le seul qui restera une fois les intérêts privés qui le fondent se seront emparés du système éducatif publique en Belgique, exactement comme ils l'ont fait aux États-Unis. Quand l'école appartiendra pleinement au monde de l'entreprise, formant non les futurs citoyens mais futurs employés, il n'y aura effectivement plus besoin d'un tel projet.