mercredi 9 novembre 2016

Onward


Je viens de rentrer, la rue agitée, branches qui s'entrechoquent, venteux. C'était la journée la plus longue.

Celui dont on ne doit pas prononcer le nom a été élu président de mon pays natal.

J'en prends note et retourne aussitôt à mes préoccupations : mes études, ma recherche, la préparation du cours de français avancé que je donne demain matin et qui portera cette semaine encore sur les pronoms relatifs.

Je suis libertaire : je ne m'attends pas à ce que l’État me représente. Je fais avec. Contre. Malgré. Comme si. En dépit de.

Mes camarades à l'université, à mon grand étonnement, sont tous sous le choc. Tous sont cernés, pleurnichent, sanglotent depuis des heures, plusieurs m'invitent à participer à une vigile qui aura lieu à Union Square, à 18h00. Je leur demande qui est mort : c'est le rêve d'une Amérique avec elle, apparemment sans haine et misogynie.

On me demande quand je compte quitter le pays pour rentrer en France.

On me demande pourquoi j'ai voté pour une candidate d'un tiers parti. 

J'explique que la politique étrangère, économique, et éducative de celle dont on ne doit pas prononcer le nom m'était strictement intenable.

J'explique que je ne crois pas à la fatalité : qu'il n'existe pas de racisme, homophobie, xénophobie ou fausse conscience que l'éducation ne puisse résoudre. Qu'en tant que citoyens éclairés, nous sommes dans l'obligation de mener à bien notre mission pour une école publique de qualité et une économie humaine qui sert les besoins du peuple. Il y a du boulot.

Le soir, dans mon cours adoré de policy, plutôt que de fuir le problème, nous apprenons à écrire le changement. Propositions et promesses du probable ministre de l'éducation à l'appui, nous argumentons nos idées originales pour mieux profiter de la dévolution de responsabilité à venir. Nous sommes optimistes qu'il existe maintenant, dans les détails et dans les marges, manière d'articuler une politique éducative plus démocratique que celle à laquelle on s'attendait.

Alors que d'autres languissent dans le déterminisme, on s'y adonne à cœur joie, esprit de géométrie plutôt qu'émotion. On analyse, étudie, recherche, imagine. Onward.