dimanche 15 janvier 2017

Bienvenue à l'Ecole de demain




L'école publique va-t-elle disparaître ? La chaîne franco-allemande Arte s'est penchée sur la question la semaine dernière, en s'intéressant au grand stratège McKinsey en Belgique, au niveau supérieur, où le cabinet s'offre les locaux de l'Ulb, et bien sûr au niveau K-12, à travers Teach for Belgium, dont j'ai déjà beaucoup parlé ici. (Je me permets de rajouter que leur vue est vraiment magnifique.)

Pour ceux d'entre nous in the know, la question n'est pas si mais quand. Les médias français ont beaucoup de travail devant eux dans les années à venir afin d’accélérer le processus de marchandisation qui doit arriver car la France n'est pas souveraine. Elle est mise sous tutelle des plus grandes gouvernances néolibérales, notamment l'OCDE et l'UE, pieds et poings liés. Elle est mise sous tutelle des cercles du capital mondial qui écrivent ses politiques éducatives et paient ses médias. Ces cercles où ça travaille et ça trinque, échange de bonnes pratiques de leadership et know-how, petites astuces pour mieux vivre et accumuler, pour payer maisons et enfants. Là où ça circule TED talks panacés you would not even believe de grands noms de réforme de ce côté-là qui décrient les "écoles défaillantes", là où ça tourne des documentaires diffusés pile au bon moment, un reportage récent de France 2 tu m'étonnes, sur les sites de la transeduc blasonnés d'images de jolies enseignantes bien douces bien coiffées têtes de fausse conscience subjectivités toutes prêtes conçues par pros du marketing et de la finance qui se passionnent tout naturellement pour l'éducation et qui vont être très riches d'ici quelques années quand ils seront invités au WEF et WISE pour donner leur discours inspirant sur comment ils sont parvenus à rélever le plus grand défi imaginable : marchandiser l'école publique du pays des Lumières, du pays de la Révolution.

Alors, continuons : quand l'école publique sera marchandisée, à quoi ressemblera-t-elle concrètement et dans quel processus politique, à travers quelles politiques économiques et technologiques, s'inscrira-t-elle ? 

Pour répondre à ces questions, je vous invite de m'accompagner au Ghana, Guatemala, Laos, et Nicaragua pour découvrir un autre mouvement éducatif du rhizome, trouvé au fil de mes recherches sur Teach For All (avec qui il partage une chargée de communication ex-McK et finance le spectacle de performance, Global Teach-A-Thon) : Pencils of Promise ("PoP"). Il nous servira de modèle afin de comprendre à quoi ressemble une école entièrement marchandisée. Le PDG actuel de l'opération est un ancien de PARCC (de Pearson), responsable pour le développement du programme américain preK-12 de Common Core (connu pour ses enseignements EPI et SEL (social-emotion learning) que beaucoup considèrent comme un nivellement vers le bas et un endoctrinement aux dispositions recherchées par la société de consommation). Dans un article publié (et enlevé alors même que je rédigeais cet article) par le journal local du fondateur, le pourquoi du comment du projet est expliqué :
 
"Si PoP a reçu une critique régulière, c'est 'pourquoi ne vous souciez-vous pas des enfants ici (aux États-Unis) ?' (...) Et la réponse, simple, est que le défi national n'a que très peu à voir avec l'infrastructure - nous avons déjà des écoles ici - et beaucoup à voir avec la question, malheureusement politisée, de comment on peut mieux enseigner nos enfants. Les intérêts et systèmes tellement enracinés ici rendent toute forme d'innovation très difficile, dit-il (le fondateur). Au Ghana et Laos, vous n'avez pas de système enraciné - en fait il n'y a presque pas de système du tout." (Dumas)

Un modèle d'ESS fondé par un entrepreneur ancien consultant de Bain et qui vient de fonder une plateforme numérique d'enseignement supérieur, MissionU, le financement de l'opération est dynamique et varié, provenant non seulement de dons (fiscaux mais aussi de matériel et services) des multinationales et entreprises sponsors (réguliers ou ponctuels), mais aussi des pourcentages de ventes de ces dernières auprès des particuliers lors des campagnes et collaborations spécifiques, sans parler des dons de personnalités connues et revenues du gala.
Voici une liste non-exhaustive de ses sponsors corporate par secteur d'activité

Financeur / Donateur
Activité / Secteur
PizzaHut
Alimentation
Shreddies (céréales pour petit-déj)
Alimentation
SourPatch Kids (confiserie)
Alimentation
Reserve.com
App restauration
JP Morgan Chase
Banque/finance/conseil
Goldman Sachs
Banque/finance/conseil
The Motley Fool service d’investissement
Banque/finance/conseil
MoneyGram
Banque/finance/conseil
CommonBond prêts pour pays en dév.
Banque/finance/conseil
Birchbox
Cosmétique
Elizabeth Arden
Cosmétique
Estée Lauder
Cosmétique
Give Back Grands
Cosmétique
BubzBeauty, Youtubeuse
Cosmétique
EcoLips
Cosmétique
LaurelSpringsSchool
Edtech / école virtuelle
General Assembly
Edtech / elearning aux nouveaux tech
2U
Edtech/ elearning highered
WorldReader
Elivres/ liseuses
Chegg
Elivres/liseuses
Barnes & Noble NOOK
Elivres/liseuses
Level 9 Sports
Entertainement
Digifest festival de musique
Entertainement
1800Flowers.com
Fleuriste
Jacob Freed Foundation
Fondation contre l’obésité juvénile
Clinton Global Initiative
Fondation néolibérale
Office Depot
Fournitures de bureau
Scotch
Fournitures de bureau
Lokai
Gourdes d’eau
MRY Agency
Marketing/pub/com
Creative Artists Agency
Marketing/pub/com
True Media plateforme de pub enligne
Marketing/pub/com
SalesForce CRM
Marketing/pub/com
Interbrand conseil en brand strategy/analytics
Marketing/pub/com
Warby Parker
Mode
Creative Recreation
Mode
Shopsoko.com
Mode
Kohl’s
Mode
Bracedlets.com
Mode
Stuart Weitzman
Mode
StyleCaster (plateforme mode)
Mode
Poppin
Mode
AEG Live
Musique
Universal Music
Musique
Teamwork.com
Plateforme de co-working/bizdev/gestpro
Classy
Plateforme de financement ESS
Where Much is Given
Plateforme de financement ESS
Be Great Partners
Plateforme pour start-ups
Everloop
Réseau social pour < 13 ans
Google
Tech
Marshall Wace
Tech
Microsoft
Tech
HP
Tech
Empire State Building
Tourisme
Inspirato
Tourisme
Delta
Transportation
British Airways
Transportation
Uber
Transportation

Ce que je trouve particulièrement innovant dans ce modèle marchand, ce sont les efforts d'engagement de ces entreprises auprès de leurs consommateurs qui peuvent acheter avec la satisfaction de savoir un pourcentage de leur achat donné à ce qu'ils comprennent comme étant l'éducation, à travers la création d'expériences et produits liés (voir par exemple 1 / 2 / 3 / 4 / 5 / 6 / 7 / 8). Le fondateur de PoP explique : 

On propose aux startups en pleine croissance un moyen pour créer de la valeur, car la clé à un partenariat réussi n'est pas d'être un non-profit traditionnel, mais de donner du sens à leur marque (...). Les startups trouvent que les nouveaux clients s'attendent à ce qu'ils font une différence, dans une certaine mesure, et le moyen le plus efficace pour ce faire est de collaborer avec un excellent ONG. (Wang)

Nous pouvons apporter de la valeur aux entreprises grâce aux efforts marketing et une présence élargie dans les réseaux sociaux. (Robehmed)

L'école première régie publicitaire

Avec la banalisation de la réalité augmentée et virtuelle d'ici 2020, je vous laisse apprécier à quel point cet engagement pourra s’intensifier. Dans un avenir proche, la réalité augmentée permettra l'essai à la maison des dernières tendances mode ou produits cosmétiques phares, notamment grâce aux plateformes d'essayage et diffusion comme celles qui financent PoP, avec intégration des conseils de nombreuses bloggeuses mode non-mentionnées ci-dessus qui entretiennent des collaborations. On remarquera que bon nombre des entreprises sponsors sont en fait des plateformes et non des fabricants, donc déjà bien inscrites dans les processus de subsomption réelle et financiarisation (ou innovation, en langage euphémisé). 

"Les progrès en réalité virtuelle et augmentée permettront aux campagnes publicitaires d'évoluer des canaux de transmission actuels vers une dimension 4-D, expériences immersives qui permettront aux consommateurs non seulement de "toucher" et de "sentir" les produits mais aussi d'expérimenter leur usage et de visualiser comment le produit peut enrichir leur quotidien. (...) La publicité peut donc évoluer vers un environnement d'immersion profonde, de communication, interaction, et expérience, capable non seulement d'entamer une conversation avec le consommateur, mais aussi de lui assister dans ses achats. (...) L'avenir de la publicité se situe dans le dépassement de l'engagement simple au profit de l'assurance que les messages publicitaires servent davantage comme astuces et outils aux consommateurs, partie intégrante de leur processus de décision, et non intrusions sponsorisées" (Kumar 313-314).


La réalité virtuelle, comme est déjà le cas dans certaines écoles et universités ici, pourra être étendue aux écoles marchandisées, gratuitement (ad-supported) grâce aux placements de produit et séances de publicité immersives des sponsors. Idem pour l'accès au cloud pour chaque élève. En effet, PoP fait déjà très bon usage de cette technologie dans ses pratiques de storytelling, principalement des human-interest stories que j'analyserai dans un billet futur, auprès de ses donateurs, pour lesquels il a réalisé une vidéo VR de sensibilisation aux conditions des élèves dans les régions où il est présent. 

A l'école, "l'un des avantages de l'environnement virtuel, c'est que les élèves ont l'impression d'immersion (...) qui permet une expérience d'apprentissage ludique et active, et cet environnement virtuel ludique est capable de motiver les élèves. (...) L'immersion peut être expliquée comme une sensation de localisation de soi à l'intérieur même de l'environnement virtuel. Autrement dit, les participants se perçoivent psychologiquement comme existant à l'intérieur de cet environnement immersif" (Lau and Lee 5). Cette motivation est rendue possible grâce à l'affective computing, c'est-à-dire aux capacités de l'intelligence artificielle qui permettent non seulement de reconnaître la manifestation des affects chez le sujet, mais aussi de s'adapter en fonction, afin d'inspirer de sa part un affect souhaité, par exemple une meilleure motivation, persévérance ou empathie. La maîtrise des réponses affectives peut servir à adapter les messages publicitaires aux dernières tendances et désirs, motivant les élèves encore davantage.


Une histoire de data x edtech

Absolument clé au perfectionnement des algorithmes pouvant être exploités par la publicité, ainsi que par les (ed)tech dans leur développement de l'intelligence artificielle, est le data. Comme l'explique Goldman Sachs, le développement de l'AI progresse rapidement en ce moment en raison de l’abondance de data tirée des technologies qui nous accompagnent au quotidien : nos portables, nos wearables, nos réseaux sociaux, etc. Et d'autant plus si ces technologies sont étendues aux pays en voie de développement où la plupart de la population future se trouvera. Mais si nous espérons progresser vers le perfectionnement de l'AI, il faudra non seulement accélérer la vitesse informatique (computing speed) et accroître l'investissement de capital, mais surtout faire en sorte que chacun, lors de son travail habituel, puisse saisir un maximum de données de chacune de ses activités, afin qu'un algorithme puisse être développé pour chaque tâche. C'est le rôle par exemple d'un des grands emplois de l'avenir proche, des terabyters, qui, équipés de la tête aux pieds en sensors, se promèneront régulièrement sur l'étendue de l'espace publique afin de récolter autant de données sensorielles possibles, pouvant servir à l'emplacement publicitaire dans la réalité augmentée, entre autres usages (e.g. la surveillance). En milieu scolaire, afin de parvenir à la réalisation d'un environnement d'apprentissage qui devra se passer entièrement en VR, les professeurs devront dès maintenant être mis au service de cette collecte minutieuse qui leur sera demandée, en commençant par assurer leur adoption des pratiques plus basiques d'évaluation et de "responsabilisation." Revenant à notre cas, PoP est donc une opération de data bien bouclée, pour mesurer à la fois son propre opération financière, menant ce qu'il appelle une politique de transparence radicale de ses chiffres, en partageant chaque quartier un rapport avec ses sponsors et donateurs qui permet de visualiser l'allocation des dons jusqu'à la centime près, et à la fois les performances de ses professeurs et élèves :

Au lieu de profit brut, c'est efficacité brute. Nous constatons que les performances des élèves de nos écoles aux examens standardisés dépassent celles des écoles voisines : 85 pour cent des communautés constatent une augmentation en lecture et 88 pour cent une augmentation en maths. (Robehmed)

Malgré les réticences de systèmes scolaires occidentaux à adopter l'edtech, son usage généralisé par les élèves d'écoles marchandisées ailleurs permet un influx croissant de data. Dans certains pays où est présent PoP, par exemple le Ghana, les gouvernements mènent des politiques d'edtech ambitieuses dans le cadre de leurs programmes de lifelong learning et PoP a même contribué à l'équipement de certaines écoles publiques avec ces technologies, notamment au Ghana (Natia), ou au Liberia, en partenariat avec les très contestées Bridge International Academies. En raison des diktats de la Learning Generation, on peut s'attendre à la généralisation de telles politiques qui équipent les écoles de produits edtech, pour le moment principalement dans un objectif de collecte de data pour assurer une surveillance en continu et lier les financements publiques aux performances, et à l'avenir pour obliger la pleine immersion VR. Selon Goldman Sachs, les investissements dans l'edtech, qui proviennent de plus en plus du privé, sont aujourd'hui dix fois plus qu'en 2008. Le WEF explique que la VR est aujourd'hui prête pour le marché de masse, en raison du nombre des start-ups et investissements du capital, en plus de la banalisation imminente du casque Oculus, produit par Facebook, ou le plus abordable Google Cardboard qui marche avec un téléphone mobile.

Idéalement, dans un monde totalement intégré sur ce plan, les dernières tendances économiques, visibles grâce à une transparence totale des indicateurs, pourront renseigner en temps réel les programmes scolaires, afin que les entreprises exploitent au mieux, même au cours de l'apprentissage, le capital humain. Le WEF estime, dans sa vidéo sur l'avenir prévu par le capital pour le système éducatif, que d'ici 2020, 90 pour cent des nouveaux emplois crées seront en Afrique et Asie, et qu'il faudra "utiliser le big data afin d'avoir une information fiable sur les compétences, la demande, et les offres d'emploi." Selon lui, "le système éducatif du XXème siècle doit être redessiné afin de répondre en temps réel au besoins du marché du travail," qui ne sera pas très prometteur et nécessitera un recours à l'innovation par "l'entrepreneuriat, les PME, et l'économie collaborative." Ainsi, les plateformes d'ESS et de start-ups qui financent une école marchandisée comme PoP seront déjà connues des élèves qui pourront ensuite s'en servir pour se débrouiller. 

Start small

L'essentiel à ce stade est de créer des structures mêmes petites comme PoP dans les pays en voie de développement, et structures de PPP plus nuancées comme Ashoka et Teach for France dans tous les pays. Ces structures permettront, à travers leur alumni qui deviendront entrepreneurs edtech comme je ne saurais mieux articuler que cette vidéo et écriront les politiques éducatives nationales, de faire de l'école publique "un réceptacle" permettant la collecte de data généralisée et l'expansion de l'edtech dont la VR avec publicité intégrée dans chaque salle de classe.
 Interrogé sur cette brèche, le capital peut dire tout et son contraire, car il a la pleine bénédiction de l'Etat : d'un côté, que les professeurs sont le problème et la solution, d'un autre, on dirait Vygotsky résucité, et c'est vrai que les professeurs ne peuvent pas tout. Son initiative généreuse n'est contrainte par aucune obligation de justification ou transparence (comme nous pouvons apprécier chez Teach for France), ni cohérence : il doit uniquement veiller pour l'instant à assurer la stabilité de son projet naissant, à la cooptation de ses critiques par la décrédibilisation ("vous n'imaginerez pas comme il existe tout un groupe de gens qui passent leurs vies entières à nous critiquer !") ou la négociation de leurs reproches, petits riens pédagogiques pour la plupart tellement le peuple est clueless, en attendant le bon moment pour y aller à fond.  Il doit veiller à encadrer la pensée du peuple à travers des human-interest stories simples, bite-sized et inspirantes, et recadrer la subjectivité enseignante grâce aux pratiques linguistiques innovantes : drive, fuel, innovate, impact.


Et puis il laisse le marché, dans toute sa beauté, faire son travail, il fait couler beaucoup d'encre par ses médias pour gagner la confiance des citoyens et au fur et à mesure que l'automatisation économique et la grande précarité s'installent, you just sit back and watch as they come to you. Le financement de l'école dépendant à ce stade avancé du profit pouvant y être réalisé par le capital, les écoles lui seront rendues les plus efficaces, les plus utiles, les plus productrices en capital humain formé aux compétences et idéologies qui lui sont nécessaires pour ce bref moment de transition humaine. L'efficacité de chaque opération est assurée grâce aux pratiques des entrepreneurs sociaux qui adaptent leurs opérations à travers des pratiques de bricolage au contexte politique, culturel, et éducatif spécifique à chaque pays tout en étant guidés par la stratégie mondiale d'ingénierie de l'organisme-mère, comme l'expliquent Sunduramurthy et al dans leur étude d'Ashoka.



Brave New World

Les entrepreneurs sociaux, comme expliqué ci-dessus, travailleront pour financiariser et subsommer chaque aspect de la pauvreté qui sera de plus en plus répandue. La possibilité des citoyens à bénéficier de n'importe quel service, dont la formation professionnelle qui aura entièrement remplacée l'éducation, reposera sur leur affinité idéologique avec les grands sponsors technologiques corporate et cabinets de conseil : chacun devra accepter de devenir lui-même un marché pouvant être rentabilisé à travers l'utilisation de produits et services (y compris messages publicitaires pour dominer ses affects) des sponsors des ESS, notamment à travers la VR, la newpharma qui modifiera la notion de temps, et les wearables pour accéder aux données en continu. Ce processus de subsumption mènera d'abord à la dystopie, ne laissant aucune place pour lanceurs d'alerte ou penseurs critiques dans un régime sans droits de pur leadership et "empathie," répression assurée avec la menace de voir son monde entier, aussi bien physique que virtuel, saisi par le capital avec la convergence de l'Internet of Things, et ensuite mènera à la mort une fois les citoyens subsommés dans l'intégralité de leur capital humain, d'abord par leurs faibles ressources monétaires restantes qui devront être transférées au capital par la consommation à l'outrance, et ensuite par leurs données biologiques et psychologiques, affects, identités, consciences, et cultures. Leur oppression à travers les repressive state apparatus (RSA) pourra également être subsommé par les quarantine enforcers si la transformation de l'école (jadis  ISA) en RSA n'a pas suffit. L'Etat se sera entièrement désengagé de tout rôle providentiel et servira uniquement à permettre, à travers l'éducation (culture légitime pouvant définir le régime de vérité) et la loi (la réduction graduelle et élimination définitive de droits) l'exploitation libre des citoyens par le capital. De toute manière, les citoyens, aliénés de leur patrimoine intellectuelle et de leur conscience même, ne seront pas en mesure de comprendre ce qui leur arrive. Exemptés les membres des plus grands entreprises et leurs conseils stratégiques qui seront enfin dotés de toute la technologie nécessaire pour assurer l'aboutissement de leur propre évolution transhumaine, l'humanité entière succombera à la mort, réponse naturelle à la non-utilité.

La politicienne danoise Ida Auken, membre du WEF, tout comme l'un des stratèges derrière Teach for France et Ashoka France, et du jury, au même titre que la fondatrice de TFA et le fondateur de Teach First, du Global Teacher Prize, a récemment publié un compte-rendu probable de la vie en 2030 qui suggère, comme toutes les autres publications du WEF à ce sujet, l'émergence d'une économie entièrement subsommée où toute technologie et bien sera la propriété exclusive du capital et, comme dans Le Meilleur des Mondes, ceux qui rejettent ce modèle seront laissés pour compte dans des zones de quarantaine. Ce qui me concerne le plus, ce sont les gens qui vivent en dehors de la ville, projette-elle, (...) ceux qui se sont énervés avec le système politique et se sont insurgés contre. Ils vivent d'une manière très originale là-bas. Dans ses vidéos que chacun citoyen devrait regarder afin de comprendre le récit et le combat auxquels il devra se préparer, ne serait-ce que psychologiquement, de toute urgence, le WEF promet, démonstration d'un homme en pleine séance VR à l'appui, que l'économie de l'avenir "affectera l'essence même de notre expérience humaine."

On y apprend que "la 4ème révolution industrielle obligera le changement à une vitesse, échelle, et force comme rien que nous ayons pu connaître auparavant." En 2030, "vous ne posséderez rien et vous serez content," même si "les valeurs occidentales auront été poussées jusqu'à leur déclin." En 2045, nous communiquerons uniquement à travers des signaux cérébraux et aurons coché la case du test de Turing avec un transhumanisme fort probable.

Le transhumanisme est la récompense naturelle pour avoir gagné le jeu de domination : une toute petite minorité de la population humaine aura, non en raison d'une intelligence supérieure mais des désirs toujours plus grands permis par sa situation sociale privilégiée, en tête de liste l'immortalité et la possibilité de définir la future espèce selon son propre image, réussi à accumuler la totalité des ressources restantes grâce au désengagement de l'Etat des services publics, de son rôle de protecteur de culture légitime démocratique et droits individuels. Cette situation aura été rendue possible grâce aux politiques fiscales de plus en plus favorables à l'égard du capital (capitalist welfare, tolérance de paradis fiscaux) et la promotion de partenariats public-privé ayant permis la pénétration profonde de chaque aspect de la vie des citoyens par la financiarisation et la subsomption profonde. En raison d'une productivité sans précédente atteinte grâce à  l'automatisation et la réduction des besoins en capital humain, et  l'élimination d'ennuis politiques de la part de celui-ci qui a fini, dominé par ses affects en pleine immersion publicitaire VR, par accepter sa servitude et se laisser faire jusqu'à son extinction, mettant fin à un processus qui a commencé avec le chocolat, le thé, le tabac : c'est le désir qui permet l'exploitation (1). Une pénétration au coeur de chacun par l'exploitation de ses données aura permis de comprendre chaque déclinaison possible de comportement, conscience, créativité, intelligence, cognition, de l'espèce entière, étape de synthèse probablement nécessaire pour l'élaboration de la superintelligence. Sans la prolifération de systèmes d'évaluation et de responsabilisation dans toutes les écoles au monde, et la bonne complicité des enseignants, ce projet n'aurait jamais été possible. Jamais sans le contrôle économique mondiale permis par la redéfinition de l'école en termes des besoins des plus grandes entreprises du capital et leurs cabinets de conseil il n'aurait été possible d'en finir avec la démocratie en temps voulu, par quoi les ressources, y compris le capital humain, se seraient étalées parmi une population croissante, empêchant l'accumulation de ressources à la vitesse nécessaire pour doper l'investissement technologique et permettre au capital de poursuivre librement, passionnément, sans contrainte aucune, la course à son plus grand rêve.


1) Advanced capitalist societies operate on a "socially engineered arrest of consciousness, and by the development and satisfaction of needs which perpetuate the servitude of the exploited. A vested interest in the existing system is thus fostered in the instinctual structure of the exploited, and the rupture in the continuum of repression - a necessary precondition of liberation, does not occur" (Marcuse 16).


Duman, Timothy. "Making His Point." Greenwich Magazine 68.3 (2015): 128. Publisher Provided Full Text Searching File. Web. 13 Jan. 2017.

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Natia, James Adam, and Seidu Al-hassan. "Promoting Teaching And Learning In Ghanaian Basic Schools Through ICT." International Journal Of Education and Development Using Information and Communication Technology 11.2 (2015): 113-125. Education Full Text (H.W. Wilson). Web. 12 Jan. 2017.

Robehmed, Natalie. "A New Nonprofit Model: Meet The Charitable Startups." Forbes.com (2013): 5. Business Source Complete. Web. 12 Jan. 2017.

Sunduramurthy, Chamu, Congcong Zheng, Martin Musteen, John Francis, and Lawrence Rhyne. "Doing More With Less, Systematically? Bricolage and Ingenieuring in Successful Social Ventures." Journal of World Business 51.5 (2016):855-870.

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