dimanche 1 octobre 2017

Acteurs de changement, nouveaux citoyens ?



"Votre sort est celui des autres : tant que la misère existe, vous n'êtes pas riche, tant que la détresse existe, vous n'êtes pas heureux, tant que la prison existe, vous n'êtes pas libre." – Le Joli Mai (1963)


La double peine d’avoir affaire à la stratégie de servitude de l’ESS adossée au capital et ses changemakers™, qui sont là « non pas pour penser mais pour agir »,[1] est bien d’être une des seules personnes qui accepte d’expliquer aux moins bien renseignés une transition de gouvernance aussi révolutionnaire que celle engendrée par la Révolution française même, et qui demande, fort malheureusement, une très grande interdisciplinarité et capacité théorique afin de comprendre dans son intégralité. Beaucoup, beaucoup trop de temps comme si enseigner n'était pas suffisamment occupant. Une fois y parvenu, on n’a qu’une envie : investir toutes ses énergies dans un changement autre, c’est-à-dire hors de la structure étatique, et vite, pendant qu’il nous reste toujours un brin de liberté et quelques ressources. Si on veut avancer dans la conversation, il faut avouer que l’état sert, d’abord, le maintient du régime de possession par sa loi, qui le rend juste, et ensuite la légitimation de ce régime par l’hégémonie culturelle. La seule mission de l’état à l’avenir, à l’école publique comme dans les autres services publics, est de permettre au capital de poursuivre son accumulation définitive de la matière. C’est dans cette veine que j’ai décidé de m’intéresser à l’éducation Waldorf et à la communauté anthroposophique, pionnière de l’ESS, afin de mieux comprendre comment construire un havre capable d’exister humainement à l’abri de toute cette folie. Après un été passé à comprendre ce mouvement, je partagerai ici bientôt mes découvertes dans l’espoir qu’elles puissent vous être utiles dans vos propres écoles et communautés dans le cas où vous estimez injuste cette transition de gouvernance et la transition éducative qui en fait partie.

Je ne doute pas que certains verront dans mon choix de construire hors de l’état plutôt que de lutter dans ses confins signe de résignation ou de radicalisme. Ceci n’est pas pourtant pas un choix idéologique correspondant à un partis-pris dogmatique de ma part, mais une nécessité conformément à ma propre conception de la justice. Je crois sincèrement que l’univers appelle à l’unité de toutes choses, et que toute division ou inégalité, qu’elle soit basée sur des classes ou sur l'ordre féodale ayant marqué l’histoire humaine et vers lequel le capital souhaite nous ramener, n’est que passagère dans le cadre de l’échange matière-énergie de la structure dissipative d’une économie longtemps en croissance. L’humanité, s’étant dotée des technologies issues de ce long processus qui lui permettent maintenant de se passer des anciennes technologies de l’état et de la banque centrale, peut enfin songer à une véritable émancipation en surmontant le dernier grand obstacle éthique : la possession privée. Cette possession, maintenue par l’état à travers son monopole de la valeur et de la violence qui permet de préserver cette valeur, était peut-être bien nécessaire pour nous amener jusqu’ici. En tout cas, c'était. Ces années au cours desquelles on cheminait éthiquement, réussissant à faire tomber une à une les injustices spécifiques - esclavage, servitude des femmes, LGBTQAI+ phobies - injustices autour desquelles s’articulait la plus grande injustice de fond.

Mais le moment dans lequel on vit demande d’accomplir le travail de fin, faute de quoi on témoignera d’un retour de ces injustices passées, qui sera assuré par le fascisme, ou bien de la création de nouvelles catégories injustes d’inégalité et d’exclusion : augmentations biotechnologiques, citoyenneté à base de dispositions changemaker™, etc. Ces nouvelles injustices sont directement liées aux deux objectifs de l’état moderne : (i) encourager le fascisme par l’exclusion budgétaire et la domination culturelle des peuples inutiles au capital se trouvant sur son territoire ; et (ii) la création de nouveaux marchés qui offriront aux acteurs du capital en échange de leur investissement de nouvelles opportunités pour étendre leur contrôle du monde matériel par la pénétration de leurs technologies et produits financiers.

Permettant de mener ces deux objectifs sont deux camps réactionnaires : le camp étatique, fidèle à l'état sans capacité critique à son égard, qui permet d’accomplir l’objectif fasciste, et le camp changemaker™, qui permet d’accomplir l’objectif marchand. Bien qu’ils se détestent mutuellement, l’un aussi bien que l’autre sont critiques à la transition de gouvernance en cours. Sans les premiers, les derniers n’auraient aucun état légitime par lequel obliger, par la loi, les individus de choisir l’offre de produits et services dématérialisants du capital par la création de « marchés » favorables à ce dernier plutôt que de prendre la liberté de créer d’autres, matérialisants, au sein de leur propre communauté ou réseau. Sans les derniers, les premiers ne pourraient pas financer leurs structures de maintien du monopole de la violence et de la valeur, occultées par la culture hégémonique, car l’état étant une gouvernance capitaliste avancée, la seule croissance capable de maintenir son économie – et donc de financer son système éducatif - provient de la spéculation, ce que les changemakers™ permettront de mener bien plus profondément dans la vie, augmentant la dette privée et les occasions de spéculer grâce à la transparence des données.

Dans ces deux camps je compte de nombreux amis sur des réseaux sociaux. La majorité d’entre eux ne comprend pas vraiment la transition de gouvernance dans laquelle ils sont pourtant pionniers. C’est un moment dans l’histoire un peu bizarre. Le camp étatique ne comprend pas que l’état est une technologie de gouvernance qui permet de préserver la possession de la matière par le capital et d’ouvrir à celui-ci, par ses lois, de nouveaux espaces pouvant être accumulés par lui. Cette gouvernance technologique s’effectue également par la culture, notamment par la création d’un « sujet-type » citoyen à conscience colonisée aliéné des autres mais d’abord aliéné de lui-même, comme expliqué dans mon article précédent, qui ne voyant pas la véritable fonction de l’état, lui fait confiance, peu importe qu’il s’agit d’un état autoritaire.

Tout ceci a fait que je ne pouvais plus m’autoriser de nier l’évidence que le projet social qui fond mon engagement militant dans l’éducation ne pouvait être réalisé dans le cadre d’un système éducatif subordonné à l’état, même si je continue de soutenir pleinement tous les professeurs de l’école publique qui résistent chaque jour dans leurs salles de classes au projet prévu par l’état pour cette institution. Cette école qui devait par le passé créer des citoyens, et à l’avenir, comme nous l’indique le film Une Idée Folle, devra créer des citoyens de demain, des dits acteurs de changement, ou changemakers™. Cette redéfinition est parfaitement cohérente avec l’essence même de la citoyenneté, car comme l’explique Stovall, celle-ci a été dès son origine conçue en fonction des impératifs de possession matérielle du capital :

« Les membres (du troisième état, l’assemblée nationale) devaient se confronter à un paysage politique radicalement modifié. Alors que beaucoup ont fêté le fait que le roi ne menaçait plus la Révolution, ils étaient stupéfaits devant le désarroi à Paris et en province. La France a connu des révoltes paysannes par le passé, mais celle-ci menaçait de devenir une insurrection nationale contre les droits à la propriété privée même. Les députés se sont estimés dans l’obligation d’agir afin d’éviter que la nation ne tombe dans l’anarchie. (...) Le 4 août, ils ont validé la première législation importante de la révolution : un décret mettant fin à la féodalité, ciblant toutes les obligations et distinctions féodales. » (27, tl.)

La vraie nature de la citoyenneté peut être comprise en remontant à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen issue de la Révolution. La tension entre les article 1er et 17 a permis de préparer notre situation actuelle :

Article 1er : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Article 17 : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité. »

Pour illustrer à mes étudiants comment ces deux articles permettent d’instaurer une gouvernance par le marché je leur ai fait faire une exercice avec les lincoln logs. J’en ai distribué des tas à ceux s’identifiant comme des hommes blancs. Ensuite j’ai dit aux autres qu’ils nécessitaient de cette matière pour survivre. Je leur ai demandé ce qu’il leur faudrait faire pour en obtenir : il faudra se montrer utile à ceux qui en possédaient, en leur proposant ses énergies pour la transformation de cette matière, m’ont-ils répondu, par exemple en proposant d'en construire une maison en échange d’un bout de matière à dîner. Ceux d’entre eux qui ne voulaient pas se rendre à l'exercice sont évidemment morts de faim. Ils ont rétorqué que l’Article 1er était mensonger, qu’on ne pouvait pas dire qu’ils étaient égaux en droits puisque, du fait d’être nés eux sans héritage matériel, ils devaient passer leurs vies à se soumettre aux demandes aussi bien matérielles que spirituelles de leurs employeurs, nés quant à eux avec des tas de lincoln logs déjà. Eventuellement les possédants ont réussi, avec le temps et leurs moyens amples et les énergies de tous ceux qui ouvraient à la transformation de leur matière, à élaborer un monde virtuel qu’ils possédaient entièrement et qu’ils parvenaient à utiliser pour gouverner le monde matériel sans passer par leur invention précédente, la Patrie, destinée à contenter les travailleurs. Le sens, la culture, que la Patrie leur fournissait était le moyen par lequel les travailleurs ne voyaient pas l’évidence de leur précarité matérielle. Ils étaient tombés dans la croyance, en faisant confiance aux possédants, rassurés par leur statut de citoyen. Par ailleurs, les travailleurs étaient si occupés par leurs activités de transformation qu’ils oublièrent que la gouvernance même relève de la technologie, que l’état-nation est donc une technologie, et comme toute technologie, elle ne peut exister que dans un moment matériel éphémère car la structure entière est dissipative.

Cette évidence que la citoyenneté est liée aux impératifs du capitalisme se manifeste également dans les précisions de l’Abbé Sieyès présentant la constitution de la Première République qui distingue entre citoyens passifs, ceux jouissant de l’Article 1er, et citoyens actifs, ceux jouissant en plus de l’Article 17, ceux constituant l’établissement public de l’état et sa « grande entreprise sociale » :

« Tous les habitants d'un pays doivent y jouir des droits de citoyen passif ; tous ont droit à la protection de leur personne, de leur propriété, de leur liberté etc., mais tous n'ont pas droit à prendre une part active dans la formation des pouvoirs publics ; tous ne sont pas citoyens actifs. Les femmes, du moins dans l'état actuel, les enfants, les étrangers, ceux encore qui ne contribueraient en rien à soutenir l'établissement public, ne doivent pas influer activement sur la chose publique. Tous peuvent jouir des avantages de la société ; mais ceux-là seuls qui contribuent à l'établissement public sont comme les vrais actionnaires de la grande entreprise sociale. Eux seuls sont les véritables citoyens actifs, les véritables membres de l'association. »

Ces subtilités de la citoyenneté sont encore mieux mises en exergue dans les discours donnés par Victor Hugues aux anciens esclaves récemment « libérés » de Guadeloupe, la France y ayant vaincu les Britanniques, libération par laquelle la France espérait maintenir l’économie coloniale en obligeant les anciens esclaves de continuer à œuvrer sur les plantations : 

Citoyens, 

Un gouvernement républicain ne supporte ni chaîne ni esclavage ; aussi la Convention vient-elle de solennellement décréter la liberté des nègres, et de confier le mode de cette loi aux commissaires qu'elle a délégués dans les colonies. Il doit donc résulter de cette rémunération naturelle et de son organisation civile : 1° la bienfaisante égalité, sans laquelle la machine politique est comme une horloge dont le balancier perd son équilibre et son action perpétuelle ; 2° une administration générale et particulière qui garantisse la propriété déjà formée des uns, et le produit du travail et de l'industrie des autres. 

Citoyens de toutes couleurs, votre félicité dépend de cette loi et de son exécution ; les délégués de la nation vous garantissent un mode qui sera la sauvegarde de tous les amis de la république française contre ceux qui déjà en ont été et qui voudraient encore en être les oppresseurs ; mais il faut que les citoyens blancs offrent cordialement, fraternellement, et à salaire compétent, du travail à leurs frères noirs et de couleur, et il faut aussi que ces derniers apprennent et n'oublient jamais que ceux qui n'ont pas de propriétés sont obligés de pourvoir, par le travail, à leur subsistance, celle de leur famille, et concourir, en outre, par ce moyen, au soutien de la patrie.

Hugues affirme par ailleurs, en plaçant le modus operandi du capital (« brigandages ») sur ceux que le capital opprime : 

« La République, en reconnaissant les droits que vous teniez de la nature, n'a pas entendu vous soustraire à l'obligation de vous procurer de quoi vivre par le travail.
 
Celui qui ne travaille pas ne mérite que du mépris, et ne doit pas jouir des bienfaits de notre régénération ; car l'on doit présumer avec raison que le paresseux n'existe qu'en commettant des brigandages.

Cette logique est expliquée ailleurs par le chef administrateur de la Guyane Française, Nicolas-Georges Jeannet Oudin, dans une lettre à Napoléon Bonaparte en octobre 1800, où il écrit qu’il n’est pas question de prouver ou de nier que la liberté des nègres est désirée par la nature, mais qu’il est tout à fait permis de considérer les hommes de manière général comme des instruments du travail, comme des moyens de production, et que les nègres peuvent aussi être classés ainsi (Spieler 142).

Comment rendre la possession morale ?

Nous avons à faire face aujourd’hui à un problème principalement culturel, en ce que le peuple s’est habitué à l’Article 1er,  oubliant que l’Article 17, afin d’être maintenu, nécessite que le capital puisse continue d’accumuler. Cela implique forcément, tôt ou tard, et nous y sommes enfin, que le capital puisse être autorisé à défaire les structures sociales (la sécurité sociale, l’école, la liberté pédagogique, l’ensemble des espaces non-colonisés) qui servaient à protéger la possibilité de vivre l’Article 1er. En prenant en main ces structures difficiles d’accès, en les intégrant dans son infrastructure technologique et financière de possession, le capital réussira à s’assurer une possession définitive de toute la matière existante et toute la matière pouvant être crée. L’égalité de l’Article 1er doit donc être recadrée comme un accès égal à participer pleinement dans le processus de (dé)possession définitive, c’est-à-dire d’être un acteur responsable auprès du capital pouvant mener le changement des espaces non-colonisés en espaces marchandisés, capables de pourvoir aux besoins en accumulation nécessaire pour maintenir le régime de possession privée. Nous assistons alors à une transition morale du citoyen, de la ‘vertu’ du citoyen de Robespierre, à l'injonction à la responsabilité, au leadership, à l’empathie changemaker™ du néolibéralisme gnostique. Ceci est nécessaire afin de rendre moral et juste le maintien de la possession face à une croissance de mouvements qui, comme à l’époque de la Révolution, imaginent un monde autre pour leur avenir, basée sur une gestion décentralisée, collective, et égalitaire du monde matériel.

La vertu

Tel que conçu par Robespierre, la vertu permet le conditionnement véritable du citoyen au delà des droits dont il jouit. La vertu vient « confirmer » le citoyen. Il s’agit « d’une conséquence du principe de la démocratie appliqué aux plus pressants besoins de la Patrie. » Le citoyen vertueux doit « aimer sa patrie avant de s’aimer soi-même ». Le regard public porte sur le citoyen, lui obligeant de se montrer partie et non ennemie de la nation. Cette normativité permet la colonisation de la conscience – qui ou quoi est vertueux envers le capital, envers son marché, envers la moralité de possession de ce dernier ?

« Nous voulons substituer dans notre pays la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la république à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie. »

Comme le citoyen vertueux à son époque, de nos jours entreprendre pour le capital est un acte éthique et être changemaker le comble de la moralité. Ceux qui ne contribuent rien aux processus d’accumulation du capital sont tombés dans le vice. L’état, hier comme aujourd’hui, se réserve le monopole sur la moralité : « non seulement la vertu est l’âme de la démocratie, mais elle ne peut exister que dans ce gouvernement » affirmait Robespierre. Et bien sûr, « la démocratie n’est pas un état où le peuple, continuellement assemblé, règle par lui-même toutes les affaires publiques, encore moins celui où cent mille fractions du peuple, par des mesures isolées, précipitées et contradictoires, décideraient du sort de la société entière : un tel gouvernement n’a jamais existé, et il ne pourrait exister que pour ramener le peuple au despotisme. » Le centralisation du pouvoir décisionnel parmi le capital est donc moral.

Il suffit moins de convaincre l’homme que de l’émouvoir

Lors de la Première République, une politique de législation des sens a permis de veiller à la bonne assimilation de cette vertu chez les nouveaux citoyens dont la plupart n’était pas lettrés. C’était l’ère de la régénération : la création de l'homme nouveau. Dans un effort pédagogique de propagande, il fallait agir rapidement pour rester légitime et conquérir le coeur du citoyen qui devait être gouverné par le républicanisme, non pas par la pensée radicale qui voulait une démocratie directe. Le citoyen de vertu saurait vaincre ses folles idées libertaires et serait aidé dans ce sens par l’état à travers l’éducation y comprise morale, mais aussi par la stimulation de ses sens de la vie quotidienne à travers des manifestations locales organisées par l’état, à haute teneur affective comme celles qui accompagnent actuellement la transition de gouvernance.

Le droit national remplace alors les coutumes éparses et différents régimes de privilège, et la société d’ordre devient une société de classes. De nos jours, vu la situation technologique qui ne nécessite plus de « politique sociale » de l’état dans le sens de l’Article 1er afin d’accumuler le plus efficacement le contrôle du monde matériel, comment redéfinir le citoyen vertueux sans perdre sa légitimité ? Au lieu de la régénération à base de vertu, comment mener une politique de dégénération à base de vice déguisé en vertu pour rendre morale la dépossession nécessaire ?

La spiritualité du marché

Comme autrefois avec le peuple illettré duquel il fallait pénétrer la conscience et entrer les coeurs par les sens qui permettaient d’absorber la vertu, aujourd’hui, face à un peuple illettré en logique commerciale (entreprenant), il faut pénétrer la conscience par les affects moralisants qui permettra d’absorber la vertu du profit. Il s'agit du néolibéralisme gnostique : la gnose n'est accessible qu'à ceux pénétrés par cette logique entrepreneurial. Il s’agit de la moralité du changement (en anglais change, c’est-à-dire le changement de toute la matière, de toute personne et de toute chose, hors du contrôle direct du capital, en change, en monnaie, un peu de profit pour le capital). Il s’agit d’une colonisation par le marché du capital, selon les critères utiles à ce dernier.

Actuellement, l’exclusion des classes précaires crée par le capital sous son état est devenu très dangereux, engendrant par exemple le terrorisme, par lequel les exclus emploient les mêmes pratiques du capital sans bénéficier de la même hégémonie culturelle que le capital. Le fascisme est une stratégie qui permet de contenir ces exclus, certes, mais bien plus idéal serait de se servir des exclus pour aider dans le démantèlement des structures sociales qui gardaient en vie la classe moyenne restée figée dans une ancienne conception du citoyen vertueux. Il faut alors réunir les membres de la classe moyenne fidèle à cette nouvelle conception du citoyen vertueux (rentable, basée sur la rentabilité et le profit dans le cadre du marché du capital) – qu’on appellera entrepreneurs sociaux, acteurs de changement, ou changemakers – pouvant aller faire le travail de colonisation des exclus pour mener le nouveau paradigme féodale dématérialisant, la dépossession collective nécessaire au maintien de la possession privée. Par la même occasion, il faut appauvrir le sort de la classe moyenne figée, en l’excluant des opportunités de financement, des conditions respectables du travail, de la reconnaissance accordée par l’hégémonie culturelle des médias, et en bloquant les chemins d’accès et de recrutement à ses structures d’opportunité. Petit à petit, cette réunion entre changemakers et exclus créera une masse de forces capable de contenir les exclus dont les maux seront allégés, et dont les ressources matérielles on pourra toucher, jusqu’au moment opportun où l’ancienne classe moyenne figée laissée pour compte devra rendre ses propres ressources matérielles. Il s’agit de la stratégie de l’Abbé Grégoire (105-106) pour la libération des esclaves, mais appliquée à l’envers.

Le langage de la citoyenneté sera employé afin d’exclure tous les membres des classes précaires ou moyennes non fidèles au capital, non conformes à la moralité de sa culture, non-utiles à lui, c’est-à- dire non rentables, ne produisant aucun changement. Comme à l’époque de la Révolution, pour être citoyen actif, il fallait être un homme âgé de 21 ans, être capable de payer une certaine somme d’impôts (donc forcément d’être membre du capital), inscrit à la garde nationale ... tous critères basés sur un investissement dans la possession du monde matériel. Il faudra peut-être bien à l’avenir pour être citoyen de demain acteur de changement faire preuve d’un ensemble de traits, y compris moraux (« empathie », « coopération »), afin d’être citoyen actif « libre ». Holub explique :

« Les discussions concernant quel ensemble (de traits personnels) pour décrire de façon adéquate une personne sont loin d’être résolues. (...) Central à l’approche naturaliste est la conviction que seuls les traits (retenus) comptent. (...) C’est-à-dire que les traits (...) doivent s’inscrire dans une sorte de vaisseau : les naturalistes prêtent attention à l’ensemble (bundle) qui regroupe ces traits personnels. »  (175, tl.)

S’appuyant sur la pensée de Nozick, il conclut :

« ces traits personnels sont des facteurs (...) donc le concept de personhood devient une catégorie éthique. (...) Augmenter la personne, d’un point de vue naturaliste, revient à changer ses traits personnels (...) c’est-à-dire à rechercher les facteurs naturels et empiriques qui conditionnent son fonctionnement et puis tenter de les augmenter dans ce sens. » (175, tl.)

Ce nouveau récit de vertu pour le changement semble se servir de la dépendance sur la Patrie de l’ancien citoyen, en promulguant une peur généralisée comme quoi sans un état qui redistribue, le seul choix qui reste à poursuivre est de rejoindre la vision féodale du capital pour la société. Dans ce récit, il ne s’agit pas du tout d’aider le capital à accumuler davantage du monde matériel en lui aidant à coloniser tout un chacun resté hors de son emprise avec son infrastructure technologique et financière, mais des exclus qui nécessitent d’être responsabilisés auprès du capital pour leur propre bien, car c’est le capital qui est vertueux, c’est le régime de possession de la propriété privée qui est moral. Le capitalisme n’est pas le système politique du capital mais le système économique du peuple : leur système dont ils ont besoin pour vivre.

« Le programme impact c’est un programme accélérateur en fait c’est un booster pour tous ces jeunes pousses qu’on voit qui sont des femmes et des hommes qui entreprennent et qui sont un vrai tournant parce que finalement si en gros s’ils ne changent pas leur modèle économique dans les quelques années qui viennent ils vont aller dans le mur, les subventions publiques c’est terminé, la philanthropie est limitée, on est obligé d’avoir des modèles qui soient à la fois plus business dans le fond mais toujours avec cette dimension et finalité sociétale. »

(Ashoka Programme Impact Hauts de France, 1 Sept. 2016, Youtube, Arnaud Mourot, Directeur Général, lien)

Confondre accumulation capitaliste et progrès technologique

Aujourd’hui avec la nature même de l’accumulation, la violence du capital passe inaperçue, sa manière de piller aussi : tout est financiarisé et tout est connecté. Cette occultation née d’un manque généralisé d’éducation critique, d’une conformité à la culture de possession et sa suffisance, et d’une hégémonie culturelle répandue est utilisée par les entrepreneurs sociaux pour justifier leur appropriation de l’école. Le discours de François Taddei lors d’une conférence d’Ashoka est ici exemplaire de cette nouvelle logique : 

« Le monde change extraordinairement vite (...) et au même temps il y a une vraie accélération du monde et on nous annonce qu’une bonne partie des métiers qui existent aujourd’hui auront disparus avant même qu’ils aient fini leurs études, et donc, comment est-ce qu’on peut se préparer et préparer nos enfants à ce monde qui change toujours plus vite, je pense que c’est ça le plus grand défi du XXIème siècle. Dans les siècles précédant, le monde changeait déjà, mais il changeait moins vite, et quand le monde change suffisamment lentement, et bien, après une génération, il peut le transmettre à la suivante et ça va lui suffire pour s’adapter à peu près à la nouvelle situation, dans cette accélération qu’on connaît, c’est plus du tout sûr que ça suffise. Et donc la question c’est pas simplement de bâtir la formation de nos enfants sur les savoirs d’hier, c’est de les aider à se préparer au monde de demain (...) »

(Ashoka Talks, Redessinons l’éducation, Youtube, 2016, François Taddei, lien)

Ce discours du changement qui accélère, répété ad nauseam par le fondateur d’Ashoka™, confond le changement technologique avec le changement en accumulation du monde matériel par le capital. Selon cette logique, il est impossible de concevoir un usage de la technologie issue de cette longue histoire d’accumulation par la possession privée pour permettre la transformation du monde vers une possession décentralisée et collective. Dans la fatalité d’Ashoka™, la seule possibilité qui s’offre aux exclus pour améliorer leur sort – ou de financer leur école - est d’accepter de se laisser dépossédés matériellement (endettés) et colonisés spirituellement (« empathie », « coopération ») par le capital, en se rendant utile à lui comme la nécessité nous y invite. Et ce n’est même pas chose désagréable, comme nous le prouve Une Idée Folle. L’avenir du changement technologique a beau ne pas encore être connu, l’avenir du changement politique, si : la possession privée est une loi naturelle, un droit inviolable et sacré, éternel. Il devient impossible de penser l’accumulation matérielle et l’innovation technologique comme processus de transformation pouvant garantir un jour l’égalité et l’unité de tous les êtres humains, dans un monde sans détresse, sans misère, et sans prison.

C’est dans le contexte de cette fatalité que les acteurs de changement sont des citoyens de demain car, tout comme les citoyens d’hier dont le travail a permis au capital de poursuivre son accumulation du monde matériel par la transformation (énergie<-->matière) ayant permise d'élaborer la technologie actuelle, le travail de dépossession mené par les acteurs de changement permettront de garantir l’accumulation du monde matériel par la financiarisation et l’intégration dans l’infrastructure technologique afin que le capital ait le contrôle définitif de toute la matière sans révolution possible. L’évidence qu’il s’agit bien évidement d’une révolution contre la révolution est occultée par la colonisation de la conscience sous l’effet de la spiritualité du marché.

Zoom sur la transition éducative

Dans cette visée, le capital accepte de financer uniquement les politiques éducatives qui lui permettent d’accumuler davantage de matière (e.g. les politiques publiques réorientant le cours de l’argent vers ses acteurs, les technologies pénétrantes, les programmes propices à l’endettement des lieux, des individus, et leur financiarisation, et les dispositions culturelles (« empathie », « coopération ») qui permettent de naturaliser et/ou d’occulter la situation politique). Les changemakers conduisent ces programmes fatales et dématérialisants seulement dans des endroits restés hors d’accès direct au capital (par exemple, l’enseignement), de manière large et globale (scalable) afin d’augmenter le contrôle capitaliste d’autant de matière que possible.

Ce projet que je vous expose n’est pas un complot : il s’agit pour toute personne renseignée d’une évidence. On ne peut pas l'affronter avec la naïveté d’un moment matériel maintenant passé, notamment il faudra reconnaître l’évidence que l’économie est devenue une autre manière de dire politique – marché du capital qui engendre la croissance par la financiarisation parce que les possédants son prêts à investir dans seules les innovations technologiques et financières entérinant leur possession de la matière. Il suit qu’éducation est une autre manière de dire endoctrinement et intégration à ce nouveau paradigme féodale.

Les détails de ce projet ne sont pas cachés par le capital, seulement présentés de manière appropriée aux différents publics concernés. D’où l’utilité de lire les rapports que le capital établit pour le capital, par exemple le rapport du Ministère Britannique de la Défense traitant les grandes évolutions jusqu’en 2045. A partir de la page 61, dans le chapitre consacré à l’éducation, on peut lire que l’avenir de l’école sera se réduit à des systèmes edtech, la récolte de données, et l'enseignement numérique et virtuel réduisant le professeur à un simple guide sujet d’une grande «  responsabilisation ». L’intégration de l’école dans l’IoT y est explicitée, ainsi que la gestion directe des écoles par des multinationales et le remplacement des diplômes par des évaluations cognitives auxquelles les multinationales accèderont directement pour pourvoir à leurs besoins de recrutement en capital humain :

« l’IoT pourra très probablement permettre l'utilisation des données de la salle de classe pour l’évaluation des performances en continu. Des objets connectés en réseau se marieront avec de nouvelles capacités de stockage des données, pouvant donner suite à de nouvelles pratiques en responsabilisation, évaluation, et monitoring. (...) l’évaluation cognitive sera peut-être développée au point que ses résultats remplaceront les qualifications et expériences comme l’élément majeur de prise de décision lors du processus de recrutement. Il est possible qu’arrivé en 2045 les décisions d’embauche se feront presque entièrement à partir des évaluations cognitives plutôt que sur des niveaux de qualification. » (62, tl.)

« Il est probable que les qualifications seront définies (...) par un système mondial. Et parmi les pays développés beaucoup d’écoles vont probablement être gérées par (ou au moins financées par) des puissantes multinationales (...) » (63, tl.)

On y apprend aussi que :

« le monopole de l’état sur l’argent sera de plus en plus réduit allant vers 2045. » (78)

Qu’un évènement d’hyperinflation mondiale ne peut être exclu, et finalement, pouvant intéresser les lecteurs ici, on trouve une explication détaillée du projet transhumaniste envisagé, avec la généralisation de l’augmentation des sens et un mariage de l’homme avec la machine vers le mi-siècle (89, 90).


Le changement se fera par la culture

Mais, d’un point de vue anthropologique, bien plus intéressant que ces petits détails techniques est l’énorme travail de négociation culturelle menée actuellement par le capital sur le terrain, une nouvelle législation des sens pour rendre vertueux et juste ce meilleur des mondes. Le film Une Idée Folle continue de faire parler de lui et sera bientôt au centre d’une grande conférence organisée à Paris organisée par l’ESS capitaliste, changeNOWInternational Summit for Change. Dans le secteur éducatif, cette conférence s’intéressera, selon son site-web, aux projets éducatifs qui fournissent des :

« solutions pour améliorer des outils éducatifs (...) et solutions pour développer l’accès à l’éducation pour tous. » (tl.)

Et ce d'une manière large et global (scalable) pour permettre au capital un maximum de contrôle du monde matériel :

« une des objectifs de changeNOW est de permettre aux projets de croître (...) et d’étendre leur impact. Donc on choisit les solutions qui ont un potentiel de croissance et qui peuvent être copiés dans des endroits différents. » (tl.)

La découverte de cette conférence fut pour moi la goutte d’eau qui fait déborder la vase : comment, avec un évènement d’une telle ampleur, en plein Paris qui plus est, et ce après des mois de diffusion en boucle d’Une Idée Folle, puis-je être seule à voir l’évidence de ce nouveau paradigme féodale qui s'expose en tournée ? Combien de millions de professeurs en France ont déjà décidé d’accumuler sur le dos de leurs élèves en permettant l’inscription de ces derniers, par l’école, espace justement censé permettre l’émancipation, dans l’infrastructure technologique et financière du capital, à travers des programmes d’ « innovation sociale » au niveau des établissements qui sont conçus pour créer de nouveaux marchés dérivés de titrisation enfantine ?

Le plus grand abus de cette affaire se trouve dans le logo même de changeNOW : trois cercles superposés qui représentent dans l’anthroposophie l'organisation sociale idéale, la triangulation sociale. Les anthroposophes, pionniers de l’ESS bien avant Ashoka™, croyaient que la loi naturelle appliquée à l’organisation humaine ne trouvait pas son expression dans l’état « démocratique » de la Révolution, mais dans la séparation des sphères économiques, politiques, et culturelles de la société.

Dans cet idéal, l’économie est basée sur l’égalité de ressources, avec une rémunération suffisante pour faire vivre le corps mais ne pouvant jamais devenir la motivation même pour travailler, auquel cas l’âme serait entravée. La sphère politique est basée sur l’égalité des droits, sur le fait même d’avoir une âme humaine, droits qui ne doivent jamais être déterminés par ses moyens économiques. Et finalement, la sphère culturelle, la plus importante et celle à laquelle appartient l’éducation, est basée sur le libre développement de l’esprit, et des instincts créateurs de l’imagination et de l’intuition. Le fait que cette sphère soit séparée de la sphère économique permet la liberté même, nécessaire pour ce que les anthroposophes appellent l’évolution de la conscience, c’est-à-dire la reconnaissance du fait que nous sommes principalement des êtres spirituels avant d’être de la matière.

La triangulation sociale est pervertie par l’ensemble de l’ESS capitaliste en ce qu’ils espèrent asservir encore un peu plus la sphère culturelle par la sphère économique et politique. Ils voient en l’école un lieu parfait pour empêcher l’émancipation spirituelle. Je ne parle pas uniquement de leurs lubies technoscientifiques de données et de produits dérivés, mais, par la culture pouvant y être enseignée même, ils entendent apprendre leur théorie de la justice basée sur la moralité de la possession privée, fait devant lequel il faudra se montrer empathique et coopérative.

L’Article 17 est un article dont le sens à l’avenir sera déterminé par la théorie de justice la plus répandue. Quelle est la nécessité publique en matière de possession ? Quelle serait une indemnisation juste aux possédants compte tenu du fait qu’ils se seraient servis des données et des esprits en formation des millions d’enfants, apprenants-entreprenants, afin d’agrandir leur mainmise sur la propriété inviolable et sacré ? Quelle justice restera-t-il dans un monde où tout le monde sera acteur de changement ?

Pour une révolution culturelle

Comme les esclaves haïtiens qui se sont inspirés du républicanisme pourtant oppressif à la base pour mener leur guerre des plus justes, les professeurs et parents peuvent aussi s’inspirer de l’Article 17 pour motiver leur propre libération de l’école, espace culturel où est transmis la théorie de la justice « vraie », pour créer, alors que la dépossession s’enfonce et l’hégémonie culturelle monte, ce que l’historien E.P. Thompson appelle « une économie morale » des pauvres, c’est-à-dire un consensus que l’organisation de la société est injuste et que cette injustice dépasse la simple distribution des ressources matérielles – elle est injuste à l’égard de l’univers même et la place qu'est capable d'occuper l’être humain dedans avec une organisation de la société vouée à la réalisation de ses capacités les plus uniques.

Cet ordre de l’univers est plus fort que les théories de la justice crées par les hommes pour empêcher son installation, théories qui, une à une, ne trouvent plus aucune légitimité. Logique commerciale qui veut que l’esclavage est nécessaire au maintien de l’économie. Logique biologique qui veut que la liberté n’est malheureusement pas envisageable dans tous les climats en raison de la cupidité inhérente à certains. Logique culturelle qui dit qu’il serait trop difficile de s’adapter à la liberté : le peuple ne sait pas ce qu’il veut. Logique compétitive qui dit qu’on ne pourrait jamais rester compétitifs face aux anglais. Logique Twitter qui dit que c’est ou bien Ashoka™ ou bien le fascisme.

Je ne puis moralement soutenir aucun des deux fascismes proposés par l’état, et contrairement au récit de François Taddei je ne crois pas qu’il manquera du travail à l’avenir, car je crois que l’univers nous appelle à sortir du travail même : je crois que la nécessité nous appelle à reprendre en main la technologie pour une gestion décentralisée et collective des sphères économiques et politiques afin d'avoir une sphère culturelle enfin libre, et ce aussi bien dans le monde matériel que dans le monde virtuel. Une société durable n’est pas pour moi un ordre féodal où presque tous seront asservis et responsabilisés sous un capital-dieu, mais où tous – vraiment tous – seront unis dans la possession pour enfin être libres dans l’esprit. Ce changement – la possession collective par le blockchain – est la révolution éthique dans l’ordre de l’univers, la nécessité de notre temps. A nous de l’enseigner.


tl. = traduction libre depuis l’anglais établie par mes soins
en gras = emphasis mine
Ashoka et Changemaker sont des marques déposées appartenant à Ashoka



Works Cited

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[1] « We are not here to think, we are here to act. » ChangeNOW International Summit homepage. Retrieved 30 Sept. 2017.