vendredi 8 décembre 2017

Colonialisme digne contre communautarisme : La Politique Réfugiés de la Ville de Paris



« No matter how marginal their presence may be in the European world – both quantitatively and qualitatively – the condition of the asylum seekers is crucial to the contemporary human condition. One could even suggest that (...) the asylum seeker might be the anthropological figure of the 21st century. » (Fassin d’Halluin 606)

« On s’inquiète toujours du « communautarisme » des autres. (...) Ce n’est pas un outil qui servirait à penser ; c’est plutôt une arme utilisée contre la pensée. En même temps, s’il est efficace, c’est justement que le mot a l’air d’un concept, bien plus que le « politiquement correct » dont la finalité polémique est manifeste. Du concept, il a la couleur et le goût. (...) ce faux concept est faussement sociologique : il ne décrit rien ; au contraire, il fait obstacle à la description. » (Fassin 6-7)

Dans le contexte de la « crise des réfugiés » en France, cette analyse explore comment l’intervention de l’Etat au niveau de trois espaces – le corps, le logement, et l’école – sert à établir une hyperréalité de la liberté culturelle de la communauté majoritaire dirigée par l'Etat, qui fait la promotion des valeurs d’intégration et de mixité sociale qui permettent d’occulter la réalité de la nécessité économique du capitalisme avancé : opprimer la liberté culturelle et spirituelle de ceux qui ne partagent pas la même moralité que le groupe, le capital, qui dirige l'Etat. Cette oppression s’opère notamment par une politique hiérarchique évidente dans les droits d’accès aux espaces. Pour les réfugiés, cette oppression passe d’abord selon Fassin et D’Halluin par la réduction de leur personne en zôê, en matière biologique pure, alors que les membres de la communauté majoritaire sont autorisées quant à eux le droit à vivre pleinement en tant que bios, en tant que citoyens de plein droit dans la cité. Cette hiérarchie, connotée racialement, devient on ne peut plus évident dans le projet d’hébergement des réfugiés de la Mairie de Paris, menée par Anne Hidalgo.

Ce projet, inauguré début 2017, entend apporter une « solution » au problème de logement des réfugiés dans la capitale. N’ayant ni le droit ni les moyens de fonder une communauté reconnue entre eux pouvant accueillir les leurs, les réfugiés ont pris depuis plusieurs années l’habitude de s’installer Boulevard Ney dans le XVIIIème arrondissement, quartier populaire au nord de Paris, ainsi qu’au long du Boulevard Jean-Jaurès dans le XIXème. Puisqu’une permanence de Médecins sans Frontières existait déjà à la Porte de la Chapelle dans le XVIIIème, une communauté de réfugiés s’y est installée, communauté appelée par les médias un camp de fortune ou encore un camp sauvage. Quand sa population atteint 2.500 membres environ, elle est systématiquement évacuée avec force par la police. Ces évacuations ont eu lieu une quarantaine de fois par an jusqu’à l’inauguration du projet d’accueil porté par Anne Hidalgo. Le projet consiste en un premier centre d’accueil d’urgence à la Porte de la Chapelle, et un deuxième dans une banlieue populaire de Paris, dans le département du Val-de-Marne (94) à Ivry-sur-Seine. La répartition de la population entre ceux deux camps suit une catégorisation genrée, avec les hommes seuls logés à la Porte de la Chapelle pendant cinq à dix jours, et les femmes, enfants et familles logés à Ivry pendant deux à trois mois.

Aucun des centres sans surpris n’est situé dans un « beau quartier » de l’ouest parisien, et aucun des deux n’est permanent. Leur financement par l’Etat est prévu pour une durée de cinq ans seulement. Ils se distinguent par une « bulle » gonflable jaune fluo à leur entrée où les réfugiés sont reçus, identifiés, triés, et orientés selon leur situation. Dans le cas d’une situation irrégulière, l’expulsion ou la reconduite à la frontière est une pratique courante. Quoi qu’il en soit, les réfugiés ne sont pas accueillis selon leurs propres termes mais en fonction des besoins de l’Etat, de ses besoins en maintien de l’ordre social. S’ils ne sont pas expulsés, ils sont affectés sans possibilité d’émettre des vœux personnels dans un Centre d’Accueil et d’Orientation (CAO) ailleurs sur le territoire, et éventuellement logés chez un particulier membre d’une association sélectionnée par l’Etat pour les accueillir. Dans le cadrage médiatique, il n’est à aucun moment question que l’Etat construise et mette à disposition des communautés de réfugiés des grands ensembles comme il a pu faire lors des crises de logement par le passé pendant les années soixante. Au contraire, tout est mis en œuvre pour favoriser l’ « intégration » des réfugiés dans la communauté majoritaire par la mixité, tant économique et sociale que culturelle. 

Suivant la théorie de la hyperréalité du sociologue Jean Baudrillard, ces centres d’hébergement pour réfugiés peuvent être compris comme constituant une hyperréalité de la communauté majoritaire qui les entoure, communauté qui ne voit pas le fait que l’Etat se sert de sa culture pour légitimer la continuation du régime de possession privée qui permet l’accumulation croissante et empêche la naissance de toute alternative économique ou organisation de la société non-aliénante selon une anthropologie autre que le capital humain productif.  Baudraillard, dans son ouvrage Simulacres et Simulation, explique, à travers l’exemple de Disneyland, que la fonction sociologique d’une hyperréalité est de sauver le principe de réalité, pour que le statu quo conserve son illusion de réalité :

« Disneyland est là pour cacher que c'est le pays "réel", toute l'Amérique "réelle" qui est Disneyland (un peu comme les prisons sont là pour cacher que c'est le social tout entier, dans son omniprésence banale, qui est carcéral). Disneyland est posé comme imaginaire afin de faire croire que le reste est réel, alors que tout Los Angeles et l'Amérique qui l'entoure ne sont déjà plus réels, mais de l'ordre de l'hyperréel et de la simulation. Il ne s'agit plus d'une représentation fausse de la réalité (l'idéologie), il s'agit de cacher que le réel n'est plus le réel, et donc de sauver le principe de réalité. » (113)

L’hyperréalité est à l’affiche dans un endroit qui semblerait – comme le centre d’hébergement pour réfugiés – avoir toutes les qualités et attributs de l’endroit « réel » qu’il est censé représenter : la société de liberté, égalité, et fraternité de la communauté « universelle » dehors, avec ses individus abstraits libres. Se tenant aux dires des politiques responsables pour ce centre d’hébergement, la France est accueillante et respectueuse de chacun, avec un modèle économique qui permet à chacun de « s’insérer » dans l’économie et d’accéder à un logement. En réalité, cette représentation cache le fait que c’est bien le centre d’hébergement qui représente la réalité sociale – que le territoire réel dehors est en fait un lieu où les citoyens n’ont que très peu de contrôle quant à l’organisation sociale et culturelle de leurs vies, à leur « insertion » dans l’économie capitaliste avancée, au logement stable, et vivent de façon dépendante du capital-dieu « bienveillant » qui organise par la loi nationale les conditions de vie de ses sujets, notamment en manipulant la culture à des fins de gouvernance, en fonction des besoins matériels d’accumulation, afin d’empêcher l’imagination de toute alternative à l’ordre sociale actuel. 

Dans le centre, la paix – et non la violence – est devenue violence dans la hyperréalité hyper-surveillée, pour cacher que la ville réelle dehors ne garde son calme que grâce à ces mêmes pratiques totalitaires. « Le calme règne » dans le centre, écrit Mordelet. Selon Baudrillard, les lieux hyperréels, étant sans référentiel car eux-mêmes la réalité, sont susceptibles d’engendrer de la violence si jamais leur réalité est exposée. Ils se distinguent par une :

«  (...) sorte de neutralisation du territoire, une puissance de dissuasion qui derrière la fonction apparente (...) constitue sans doute leur fonction profonde : l'hyperréalité de noyaux fonctionnels qui ne le sont plus du tout. Ces objets nouveaux sont les pôles de la simulation autour desquels s'élabore (...) autre chose qu'une « modernité » : une hyperréalité, une simultanéité de toutes les fonctions, sans passé, sans avenir, une opérationnalité tous azimuts. Et sans doute aussi des crises, ou même des catastrophes nouvelles : mai 68 commence à Nanterre, et non à la Sorbonne, c'est-à-dire dans un lieu où, pour la première fois en France, l’hyper-fonctionnalisation "hors les murs" d'un lieu de savoir équivaut à une déterritorialisation, à la désaffection, à la perte de fonction et de finalité de ce savoir dans un ensemble néo-fonctionnel programmé. Là, une violence nouvelle, originale, a pris naissance en réponse à la satellisation orbitale d'un modèle (le savoir, la culture) dont le référentiel est perdu. » (118)

Face à ce potentiel de violence et de certitude épistémologique fragile, les centres étant situés dans un quartier populaire et une banlieue à tradition communiste, il devient nécessaire de se servir de ces lieux hyperréels pour rester légitime auprès de la communauté majoritaire, pas toujours favorable à l’idée d’accueillir ceux qui ne partagent pas sa culture, et de maintenir le principe de réalité qui permet la certitude épistémologique de la communauté majoritaire afin qu’elle ne remet pas en question cette culture qui permet l’opération d’occultation de pillage du monde matériel par le capital maintenu par l'Etat. Cette analyse s’intéressera aux pratiques discursives, notamment à partir des vidéos transcrites en annexe ci-après, ainsi que les pratiques matérielles, dans l’espace, par lesquelles l’état neutralise toute violence de la part des réfugiés, notamment par l’élimination de tout potentiel pour ceux-ci de contrôler leur monde matériel ou de cultiver un récit culturel commun à eux. Je m’intéresserai particulièrement à la liberté culturelle et matérielle dans chacun des trois espaces, que ce soit en matière d’occasions pour la libre fabrique du sens au quotidien (meaning-making) ou en matière de reproduction culturelle au niveau institutionnel, par exemple le logement et l’école qui leur sont proposés. Cette attention à l’espace en termes de son potentiel culturel découle du fait que la vie culturelle des êtres humains se construit et se cultive à travers leurs interactions, avec les autres humains, et avec le monde matériel. Lors de ces interactions, on catégorise et identifie, inclut et exclut, et reproduit les limites symboliques et morales qui permettent la continuité de l’inclusion ou l’exclusion, ainsi façonnant la situation matérielle. Que ce soit la religion ou l’éducation, les institutions, organisations, et associations sont imprégnées par la culture qu’apportent leurs membres avec leurs rapports sociaux de pouvoir, dont la classe, la nationalité, la race, et le genre, ce qui permet au fur des interactions sociales la monopolisation de la culture institutionnelle ou organisationnelle par une communauté dotée de plus de pouvoir social, et la marginalisation des autres communautés.

Les mots employés par les institutions et associations dans le cadre de ce projet suggèrent une hiérarchie entretenue par la violence culturelle : « solutions » (Annexe C, F, K, L, M) spatiales proposées pour, il suit, des problèmes culturels : les réfugiés non-intégrés dans le récit capitaliste national. « Orientation » (Annexe M, R) sous entendu des réfugiés se sont égarés et ont besoin que l’Etat s’occupe de leur montrer le chemin juste, qu’ils sont incapables de définir d’eux mêmes à l’aide de leur propre récit. « Accompagnement » (Annexe J, O, P) parce que, comme des petits enfants, ils ne sont pas ni autonomes ni propres, et ont besoin de l’aide des grands. « Dispositifs » (Annexe I, L, P, R) parce que la solution au problème est technique, un dispositif médical, une invention technoscientifique pour remédier au problème culturel qu’ils représentent.

L’espace du logement

Le public intéressé – les réfugiés – des centrés d’hébergement ne semble pas avoir été consulté quant à ses préférences lors de la construction des centres (« Regards »), négligence malheureusement habituelle lors de la construction de logement publique. Pierre Gilbert nous montre que les espaces non-pensés par les intéressés eux-mêmes peuvent être culturellement inadéquates pour répondre à leurs besoins spécifiques, par exemple dans le cas de la cuisine ouverte dans les habitations à loyer modéré qui n’est pas coutume dans la culture de bon nombre des habitants de ces ensembles. Cette non-consultation s’explique peut-être par l’utilité de l’Etat : l’architecture et l’agencement ont été faits de manière à empêcher toute organisation autonome « communautaire » de la part des réfugiés.  Hanappe, chercheur ayant travaillé dans le camp de La Linière à Grand-Synthe, décrit ce qu’il considère comme l’aménagement idéal d’un centre :

« (...) Apart from the technical capabilities that everyone is entitled to expect, and apart from the general layout and the design of the amenities, spaces and public furniture, the individual architecture should express the customs and culture of the people who live in it: this is about creating a place whose architecture is ergonomic, intelligent, useful, and social. Such a place must also be able to become a place of economic production. We may therefore want a right that would allow the emergence of micro-economic initiatives or at least places where things can be produced and people can work. » (34)

« Bulle » protectrice ou panoptique ?

Comme Anne Hidalgo qui est pleinement engagée dans l’élaboration du plan de contrôle totale de la ville de Paris par le capital dans le cadre du projet Smart City (TVLaTribune, dir.) et bon nombre de sujets lui font confiance et ne voient pas que l’état démocratique est une technologie de gouvernance éphémère, possible uniquement dans le moment économique où elle est utile, il est une qualité de toute bonne politique que de connaître les faiblesses de ses usagers afin de pouvoir les exploiter pour ses gains. A cette fin, dans le contexte des centres d’hébergement, la nécessité publique matérielle est poursuivie à travers des pratiques culturelles, des partis-pris autour du « progrès » ancrés dans une certitude épistémologique de la modernité qui ne laisse aucune place pour les modernités alternatives. Les réfugiés pensent y trouver un havre où ils pourront se proposer mais sont trompés par une « bulle » se proclamant protectrice, qui inspire leur confiance par un récit d’inclusion et de soin tout en poursuivant activement sur le plan structurel leur exclusion. Il s’agit d’un espace très temporaire, la bulle pouvant être démontée en un mois seulement. Les architectes du site ont également conçus une structure davantage panoptique en forme d’O pouvant durer jusqu’à 20 ans, mais pour l’instant cette solution n’est pas envisagée (« Regard »).

Le traitement de l’arrivée des réfugiés en France fait écho à la Haussmannisation du XIXème siècle, où acteurs publics et privés ont collaboré pour trouver un moyen d’augmenter leur pouvoir de contrôle sur l’espace parisien sous prétexte d’améliorer la santé des habitants de la ville. Un langage sanitaire est employé pour parler du centre, qui est « un accueil du jour » (Annexe A) (rappelant l’hôpital du jour) abrégé « C.H.U », centre d’hébergement d’urgence (rappellent centre hospitalier universitaire).

Yann Manzi, cofondateur de l’association Utopia 56, a annoncé le départ de son association des centres d’hébergement en septembre 2017, après avoir compris l’utilité du projet pour l’Etat :

« Nous espérions que ce centre, ouvert le 10 novembre dernier, à l’initiative d’Anne Hidalgo, mairie de Paris, serait un modèle pour cinq centres similaires en France, sur le parcours des migrants. Or, nous constatons que le traitement administratif des réfugiés qui entrent dans ce centre n’a rien d’humanitaire et que l’accueil aux alentours s’est transformé en une traque ». (Baumard)

Selon la cofondatrice de l’association, Valérie, une fois accueillis dans un centre, les réfugiés ont :

« l’obligation de passer par le CESA – le Centre d’examen de situation administrative – créé spécifiquement pour le centre humanitaire. Or, au lieu de favoriser les réfugiés, ce passage obligé au CESA piège administrativement de nombreux réfugiés et les prive de leur droit à l’asile, ils auraient mieux fait de rester à la rue et d’aller à la permanence d’une association citoyenne de juristes. Souvent, même, ils ont cru avoir déposé leur demande d’asile, ce qu’ils n’ont pas fait et se retrouvent ensuite dans des procédures d’expulsion. » (Baumard)

Une collaboration avec tous les acteurs, exempté les réfugiés

            Ce projet a été élaboré avec l’aide des acteurs (la mairie, les associations, l’Etat), dans une visée pragmatique de ce qui est nécessaire pour maintenir le régime de possession privée, la continuation de laquelle il est de leur intérêt commun. Une analyse de leurs discours révèle que les associations impliquées s’abonnent à la même moralité que l’Etat et participent à la circulation des mêmes discours qui proposent un cadrage convenable débouchant sur la même « solution » envisagée par l’Etat. La redistribution de l’argent aux citoyens par l’Etat n’étant plus nécessaire vu le contrôle du monde matériel que permet la technologie que le capital aujourd’hui monopolise, l’Etat, en tant que technologie de gouvernance lors du transfert de gouvernance directement au capital par sa propre infrastructure technologique qui viendra remplacer l’Etat, s’arrange pour céder la gestion de ses services aux entreprises et associations qu’il finance pour que celles-ci garantissent le régime de possession privée à l’avenir et empêchent toute résilience communautaire sérieuse préjudiciable à l’ordre établi de naître et de prospérer. En ce qui concerne les prestataires qui se voient confier les responsabilités de gestion d’un service financé par l’Etat, l’étude de Sala Pala nous montre que les politiques discriminatoires par des prestataires de l’Etat contre les familles de certaines ethnicités ou de certains profils culturels sont une réalité courante.

Un camp conçu pour favoriser la « mixité »

La mixité sociale assume la moralité du régime de possession privée actuel et assume la justice de l’Etat à déterminer qui est digne de bénéficier de ce régime, qui est méritant pour mener l’évolution de la société par l’accumulation matérielle. En général il s’agit de ceux s’abonnant aux valeurs de ceux déjà assurant l’ordre, valeurs diffusées parmi la population de la communauté majoritaire qui vit en contrat avec le capital dont la place au sommet de l'ordre social est garantie par ces valeurs partagées, qui s'expriment en pratiques matérielles. Comme le montre Tissot, la mixité sociale a souvent été utilisée comme politique pour justifier la destruction de communautés des grands ensembles. Cette dépossession d’un lieu d’habitation stable et bon marché a eu pour conséquence la division des membres  d’une communauté entre ceux ayant des situations les plus stables, réorientés vers les situations de logement « mixte » aux côtés de la classe moyenne, et les plus précaires qui se sont retrouvés en situation de grande précarité car n’ayant pas les moyens ou parfois le profile (par exemple, dans le cas d’une famille nombreuse) pour d’intégrer un nouveau logement dans un quartier « mixte ». Dans le cas des réfugiés, ils n’ont pas droit à l’ « agrégation », comme appellent Pinçon-Charlot et Pinçon le privilège des sujets ayant du capital de se réunir entre eux et vivre ensemble leur culture et moralité dans une communauté durable sous leur contrôle. Comme le souligne Maurizio Gribaudi, c’est par la possibilité de faire communauté ensemble, de s’ « agréger » et de vivre une culture commune, de partager les informations sur l’économie et la production afin de mieux préserver leur situation matérielle que le logement commun des ouvriers dans la capitale a par le passé permis.
 
Un parcours hors du contrôle de sa communauté

Les réfugiés n’ont pas le droit de s’organiser, de s’agréger ou s’auto-ségréger entre eux de manière à prévoir un projet de logement stable pour les leurs, dans le cadre d’un tissu économique qu’ils contrôleraient eux-mêmes en fonction de leur utilité propre. Leur sort dépend constamment des « stratégies de logement » que l’Etat élabore à leur égard en fonction de l’utilité de l’ordre social qu’il existe pour garantir. La stratégie se veut bienveillante, et s’inscrit dans un projet d’ « accompagnement » des réfugiés, qui ne sont pas des acteurs autonomes (Annexe O). Cette stratégie infantilisation est rendue bienveillante par l’utilisation des termes ‘hébergement solidaire’ ou ‘hébergement citoyen’ : 


Logement chez les particuliers

Le verbe « appuyer » est employé par l’Etat à l’endroit des réfugiés de façon innovante, dans une pure violence néolibérale, qui place la blâme pour le manque de logement et d’emploi sur les réfugiés eux-mêmes qui devront « relever le défi » au sein de la communauté majoritaire :

« Cette forme d’hébergement solidaire permet d’appuyer les réfugiés dans la réussite de leur parcours d’intégration. L’hébergement citoyen leur permet de prendre le temps d’élaborer un parcours de vie en France et de définir un projet d’accès au logement. L’Etat soutiendra financièrement les association pour leur donner les moyens de mettre en place un accompagnement professionnel et individuel pour chaque réfugié (...) » (Ministère du Logement et de l’Habitat durable, Communiqué de Presse, le 30 novembre 2016).

Le statu quo du logement manquant et de chômage est constamment justifié et recadré en termes de temps et de réflexion – donc de décision individuel et de responsabilité personnelle et non de possession inégale du monde matériel.  Comme l’explique Anne Hidalgo : 

« L’alternative à la rue pour les réfugiés, pour les migrants, elle est dans les lieux comme celui-ci, pour pouvoir les accueillir, pouvoir se poser, pouvoir avoir un temps de repos et penser la suite de leur histoire avec une connaissance des droits qui sont les leurs. » (Annex B)

Au lieu de financer des projets d’aménagement du territoire tels que les grands ensembles, l’Etat ne redistribue son argent qu’aux associations, et elles qu’aux sujets particuliers qui partagent leur propre culture, moralité, et projet de modernité. Ces questions de logement et d’emploi précaires suggèrent que la hyperréalité permet de voir que les citoyens de la réalité sont en fait des réfugiés eux aussi, qu’ils n’ont en réalité aucun contrôle véritable sur leur vie car n’ayant que très peu de contrôle sur l’espace et l’économie, aussi bien l’espace de leurs corps que leur lieu de habitation que leur lieu de travail et l’école où ils envoient leurs enfants. Le citoyen véritable qui se révèle est en fait un consommateur qui doit dépenser son salaire, dont la valeur dépend de l’économie gérée par le capital selon sa moralité de la possession privée, pour avoir un certain accès à ces espaces (et illusion de contrôle), ce que les réfugiés doivent apprendre et comprendre lors du processus d’intégration à la communauté majoritaire.




Contrairement au droit des membres de certaines communautés nationales, notamment anglophones, à s’agréger entre eux dans la capitale, les réfugiés des centres d’hébergement ne sont pas permis de se rassembler selon leur nationalité, comme explique la directrice-adjointe d’Emmaüs Solidarité, association gestionnaire du centre d’Ivry : 

« Pour revenir à cette notion de quartier il était vraiment important pour nous que ça soit uniquement cinquante personnes pour vivre dans ce quartier, cinquante personnes c’est un chiffre raisonnable où on peut travailler le vivre ensemble et où on peut travailler le lien sans générer de tensions. Les communautés se mélangent, vous avez aussi bien dans le quartier des soudanais que les afghans, on n’a pas voulu faire des quartiers de soudanais, ou des quartiers de personnes afghanes communautaires, il n’en était pas question, l’idée c’est que dès leur installation dans le centre d’hébergement d’urgence ils comprennent (...) le vivre-ensemble. » (Annex R)

Les centres planifiés ainsi suggèrent que l’Etat a appris une leçon de Calais, notamment le fait de mixer la population par nationalités, d’assurer son accompagnement et surveillance constat, et d’organiser le rythme de la vie à l’intérieur, ce que l’Etat a négligé de faire dans le Jungle où :

« (...) Inside, residents determined the structure of the camp, building their own houses, initially from plastic sheets, later from longer lasting materials such as wood and corrugated metal. Streets were demarcated and named, and districts were established, generally along national lines. Working with volunteer groups, residents constructed large buildings that provided public facilities such as mosques, churches, children’s centres and a youth centre. (...) within its boundaries the residents enacted their own social order beyond the realm of the French state. The Jungle offered a space in which residents enacted multiple potential identities irrespective of migration status. There were opportunities for social advancement within the settlement that would not have been possible outside it. The organisation l’Auberge des migrants selected community leaders to assist with the fair distribution of clothes and food. Undocumented entrepreneurs started businesses – grocers sold food purchased in supermarkets in Calais, hawkers traded clothing donated to the camp by the British and French public, and there were a number of restaurants and a nightclub. Residents had opportunities for artistic production, with theatre groups and performing artists travelling from Britain. (...) » (Boyle 31)

Grâce à ce contrôle sur l’espace, les résidents étaient capables de vivre en tant que bios aussi, selon leur propre conception de la citoyenneté :

« People made political claims through marches, motorway blockades, occupations, hunger strikes, and sewing up their lips. Their actions drew public attention to the issues facing migrants in Calais, and succeeded in delaying the demolition of the northern half of the settlement by six months (...) » (Boyle 32)

L’Etat a repris en main cette situation politique en reprenant contrôle sur l’espace de logement. Après avoir utilisé du gaz lacrymogène et canons d’eau pour expulser tous les résidents dont certains ont été relogés dans un centre plus petit et hautement surveillé à base de conteneurs, au nom de la dignité, l’Etat a réussi le cadrage de sa violence face à leur tentative d’organisation, comme explique Boyle :

« The provision and destruction of shelter for migrants in Calais has been consistently justified by officials using the language of humanitarianism, citing the poor conditions in which the inhabitants lived. Yet the state’s ‘humanitarian response’ to the conditions in the Jungle in 2016 was to violently evict several thousand people (half of whom saw their homes bulldozed twice), temporarily re-house a minority in shipping containers that did not conform to international humanitarian standards, and ultimately relocate people to asylum accommodation that many chose to leave, preferring to sleep on the streets. (...) The shipping container facility constructed alongside the Jungle reasserted the state’s authority, restricting the formation of new identities and limiting opportunities for acts of citizenship. Whereas the Jungle was formed incrementally in response to its residents’ needs, the container facility was planned and managed by an organisation acting on behalf of the French state according to the principles of cost efficiency and security. Its physical space comprised a grid made up of large containers each housing 12-14 people, whereas camp residents had chosen to live in small, private shelters for individuals or families. The container facility lacked communal spaces for association or performance, public facilities or premises for business. Residents had no opportunity to reconstruct the built environment, which had a permanence that the Jungle lacked. The facility was surrounded by a wire fence patrolled by police dogs, and only residents were able to enter and leave, through turnstiles secured with fingerprint scanners. In contrast, the Jungle settlement had been open to visitors, allowing inhabitants to develop relationships with volunteers, agency workers and activists (...) The relocation of Calais’ migrants reaffirmed the social and bureaucratic labels from which the informal settlement had sheltered them. Those who moved into the shipping containers became passive recipients of assistance, literally ‘contained’ in the facility. They were obstructed from creating other identities for themselves by their physical separation from non-residents and by the restrictions on business or community activities. At the same time, the securitised architecture of the facility presented its inhabitants as dangerous (...). The Calais Jungle (...) represented autonomy and the multiplicity of identities. It was these latter characteristics that were incompatible with the French immigration regime. The Jungle camp challenged the sovereignty of the French state. Although the migrant population had received permission to occupy the site in Calais, the autonomous construction of a semi-permanent settlement that by 2016 housed several thousand people defied state authority. Residents of the settlement lived in extreme hardship but they had opportunities to be themselves and perform acts of citizenship which were incompatible with their status as undocumented migrants. It was therefore desirable for the state to demolish the camp and reincorporate its inhabitants into the immigration regime. The decision to dismantle the Jungle and relocate its inhabitants to alternative accommodation in shipping containers and reception centres across France was primarily a political act, not a humanitarian one. » (Boyle 30-32)

L’espace du corps : de la dignité du zôê

Parce que l’Etat ne prévoit pas d’égalité économique dans la répartition des ressources externes de son territoire (interpersonal self-ownernship), c’est bien la dignité première – le droit à l’espace de son corps (self-owernship) - qui est niée au sujet dans le cadre de l’Etat en tant que biopower foucaldien, fait que cache le discours d’Anne Hidalgo en mettant l’accent sur la situation « étrangère » de la personne migrante, comme si sa précarité en ressources s’expliquait par quelque politique externe au pays et non par une absence de droits pouvant être accordés par le pays d’accueil. Ce discours permet de performer la dignité en réhabilitant le zôê de manière temporaire par les soins de manière à faire entrer ce corps sous le contrôle de l’Etat.

La biopolitique de la hyperréalité expose que le corps n’est accordé une dignité que lors qu’il est rentré dans la logique de possession et dépossession du capitalisme avancé, qui vise sa bonne productivité et son pillage, réalité qui devient terrifiant avec l’avenir transhumain imminent qui sera imposé par l’Etat. Par un discours de dignité face aux corps dont il nécessite de connaître afin d’orienter, l’Etat capitaliste se moralise. Il devient un acteur en qui on peut faire confiance quand son corps est la seule matière restant en son contrôle, par exemple par des vaccins qui sont régulièrement « offerts » par l’Etat (de Monléon et al). Ce discours de « dignité » est une stratégie de rendre moral l’intervention de l’Etat capitaliste dans l’espace du corps, et laisse suggérer que sans cette intervention de l’Etat et de ses acteurs il ne serait pas possible pour le corps d’être digne. 

Ces espaces d’hébergement servent à faire rentrer l’espace du corps étranger dans le corps de la Nation en le disciplinant à la Vérité de celle-ci. Selon Fassin et D’Halluin, la politique d’accueil des réfugiés se base largement sur leur situation biologique, leur qualité de zôê, plutôt que sur leur existence citoyenne de bios (597). Il s’agit selon les auteurs de privilégier la vérité biologique vérifiable plutôt que le récit autobiographique des réfugiés eux-mêmes (597). De même Ticktin a trouvé que l’expertise médicale des associations et ONG agrégés par l’Etat, « acteurs clés dans la production de cette réalité » (139), vient se substituer au récit personnel de ceux qui n’ont d’autre matière que celle de leur corps :

« Each case is different, we are told, and therefore justifies distinct treatment. Accordingly, it is each biography that is explored, each anatomy that is searched. As in the case of other dominated categories – the poor or the foreign – the government of refugees in French society operates through (...) production and submission of the subject who body is supposed to deliver the ‘ultimate truth.’ The medical certificate, a modest object in asylum policies, is fare more than a mere expert’s assessment. It is the tenuous thread on which hangs the entire existence – both physical and political – of the asylum seeker. » (Fassin D’Halluin 606)

Cette fascination suivant les travaux de Foucault est révélateur de la culture dominante de matérialisme réductionniste qui accompagne et permet l’accumulation continue sous le régime de propriété privée. En gardant l’accent sur la seule souffrance du corps comme seule souffrance reconnue légitime, les acteurs du centre permettent la colonisation culturelle continue de la part de l’Etat, colonisation nécessaire afin d’occulter la régime de possession privée et empêcher la société de prendre au sérieux les questions culturelles de qu’est-ce que l’anthropos, qu’est-ce que la dignité de l’anthropos, questions pouvant favoriser l’émergence d’une société basée sur l’amour et non sur la mort du darwinisme social.

Cette préoccupation avec le zôê plutôt qu’avec l’anthropos assure que la communauté majoritaire peut continuer à définir l’espace culturel national en tant que bios (et esquiver la question de l'anthropos), grâce à un accès privilégié à l’espace et à son corps dans cet espace du fait de son utilité historique au capital, et par l’accès restreint qu’ont les réfugiés à occuper l’espace et à y vivre leur propre culture, ce qui leur permettrait une reconnaissance politique en tant que groupes légitimes. L’Etat maintient ce statu quo d’abord par la considération de l’espace du corps comme lieu de Vérité ultime, ce qui perpétue face à d’autres Vérités une logique « civilisatrice » de progrès, et contribue au maintien d’une hiérarchie entre le réfugié réduit à son corps ayant besoin de soins, le malade, et l’Etat et ses agents qui sont seuls capables de fournir ces soins, la médecine. Le médecin est ici une sorte de prêtre de l’Etat qui mène la religion de l’état, le matérialisme réductionniste, et sa conception limitée de l’être humain comme une machine ou technologie productive pour le pillage, au détriment d’autres conceptions de l’anthropos pouvant engendrer d’autres projets politiques ou technologiques. Ticktin raconte le trajet d’un réfugié en France, Boris, pour illustrer cette conception limitée de la personne :

« Boris (...) was granted papers for ‘humanitarian reasons,’ that is, on the basis of the illness clause. Ultimately, his biological condition determined his social condition – insofar as he proved he was life-threatening sick, he was granted political and legal status in France. Of course, because the illness clause requires a life-threatening condition, it is his physical life that he trades in for social and political recognition – the prospect of his death is what ensure his social life.  (...) focusing on a biological reading of his life both allows for the political claim, while revealing the impossibility of any real political belonging. Because many immigrants confront a regime of truth that understands them as simply authentic, immutable bodies, and hence essentially Other, they enter into the strange situation of being exemplary liberal individuals, but with essentially illiberal choices. » (149)

Avec l’élection de Nicolas Sarkozy en 2002 :

« Increasing numbers of claims led to suggestions that both immigrants and doctors were acting fraudulently ; those getting papers were not seen as valid humanitarian subjects but rather as politically or economically motivated actors. This reveals that, in this context, humanitarian subjects cannot be seen to be modern liberal individuals ; they cannot appear to be enterprising, nor politically embedded. They cannot engage in corporeal self-fashioning. (...) what seems most problematic for the state is that these people may be manipulating their own biology, so that their bodies are no longer legible. In other words, the disruption is epistemological : the regime of truth has been disturbed, and the state no longer knows how to recognize and understand the Other in its midst. (...) MSF, HealthRight International (...) and other humanitarian organizations have done this by focusing on biology in a minimal sense – they have until recently focused on survival, but without its social component. Yet in so doing, they (...) serve to produce a particular form of political or governable humanity. The result is a (...) continued racialized division between humanity of the elite and underclass couched in biological terms. (...) There is (...) a distinction between those who have their biology as a primary resources, and those for whom biology is still one of many potential arenas in which one’s recognition – as a political, legal, moral, cultural, social, and economic actor – can be enacted and claimed. (...) as humanitarian subjects, immigrants’ biology only has value when it is perceived as pure, untouched ; it gives them access to the circuits of wealth and privilege only insofar as it does not reveal them as modern, neoliberal subjects. Biology therefore plays a fundamentally different role in their relationship to the nation-state, due to the mediating influence of humanitarianism. (...) Recognition only comes as the necessary Other against which the privileged of the global North, may continue to define themselves. » (Ticktin 154, 155)

Au mieux, les besoins culturels sont réduits à des besoins psychologiques, comme explique l’ancienne Ministre du Logement, Emmanuelle Cosse : 

« (...) en CAO depuis Calais on a fait des diagnostiques santé avec des personnes qu’on n’avait pas vu pendant plusieurs mois, on avait découvert des maladies (...) extrêmement graves (...) et très clairement le fait d’avoir cette offre là va aider à les prendre en charge beaucoup plus rapidement. » (Annex P)

L’accent mis sur la prise en charge psychologique suggère une tentative de calmer une angoisse sur la menace terroriste (« Ca protège toute la population », Annexe P), mais le terrorisme n’est jamais interrogé comme réponse à un ordre économique mondial basé sur la productivité et pillage de la matière de ceux dotés d’une technologie de gouvernance moindre, à un régime mondial oppressif dont le fonctionnement est occultée par l’hégémonie culturelle, maintenue elle par la fidélité de la communauté majoritaire. En réduisant les réfugiés à des sujets biologiques et psychologiques, l’oppression culturelle est perpétuée, ce qui n’arrange rien pour l’émergence d’une éventuelle économie de la demande basée sur les besoins réels de l’ensemble des communautés de la population, peu importe leur dotation historique en technologie dominante.

L’espace de l’école

Des reportages récents de la télévision nationale (« Scolarité : quelles solutions pour les enfants des bidonvilles ? ») suggèrent que l’éducation proposée aux enfants en situation de précarité matérielle, à titre d’emergency pedagogy, n’est pas élaborée avec la participation de leurs parents en respect de leur culture et langue d’origine et que les manuels qui sont employés dans ces établissements sont issus de la culture de l’Etat et conformes à sa moralité de matérialisme réductionniste. L’école devient un espace de civilisation de « sauvages » pour leur intégration dans une culture aliénante qui se prétend « neutre » et « émancipatrice ». Le potentiel de l’école comme lieu de prise de conscience de son récit propre est pourtant critique au développement de l’identité y compris pour la communauté majoritaire si elle souhaite pouvoir remettre en question le statu quo économique du capitalisme avancé, hors de la réponse fasciste attendue d’elle. La liberté culturelle est sacrifiée au profit de l’utilité de l’Etat : sa culture légitime est imbue de ses impératifs matériels. L’école devient un nouvel espace colonial sous couvert d’espace humanitaire, où l’eschatalogie de la mort matérielle du soi zôê sous l’aliénation économique emporte sur toute autre, par exemple celle de la mort spirituelle de l’âme sous la religion matérialiste de l’Etat.

Cela empêche au niveau de l’Education Nationale, gérée désormais directement par le capital (Institut Montaigne, Ashoka, Teach for France, EduCapital, etc) dans le cadre de l’infrastructure financière-technocratique de gouvernance émergente, l’enseignement de toute moralité alternative pouvant mener à d’autres modernités, de toute théorie de la justice (notamment concernant l’argent comme valeur première) inutile à la poursuite de la modernité préétablie et sa moralité de l’accumulation du monde matériel selon les besoins du capital. Cela empêche la naissance de toute autre récit ou anthropologie de la personne humaine et son eschatologie, hors son rôle de citoyen-consommateur nécessaire pour le maintien de la possession privée. Le projet culturel de l’école n’est pas d’être un lieu où le récit culturel des intéressés est pris au sérieux et articulé d’eux-mêmes pour leur propre utilité telle que définie par eux. A l’Ecole de la République, on doit intégrer le récit culturel existant du nouveau pays dans lequel on devra s’intégrer pour être productif et consommer en tant qu’individu-type, afin que le capital puisse continuer son opération de pillage conformément aux contraintes géopolitiques. 



Le discours porté par Anne Hidalgo et la directrice-adjointe d’Emmaüs Solidarité à l’intention de l’espace scolaire comme lieu où toute personne quelque soit sa culture personnelle peut apprendre la langue française et les valeurs républicaines afin de trouver sa place dans la société française repose sur la conception unique de la citoyenneté en France, décrit par Fredette : « being French is not about race or religion but a shared culture in which all can choose to partake. Regardless of his or her background, anyone can learn about French culture and learn to appreciate and participate in it. » (153) L’espace scolaire neutre, représenté par les murs stériles du bâtiment préfabriqué érigé au sein du centre d’hébergement d’Ivry, ainsi que par son mobilier conforme, visible dans l’article de Mordelet, à celui de toutes les salles de classes partout sur le territoire véhicule l’esprit condorcien qui veut qu’en se transformant en citoyen républicain l’enfant, le progrès humain sera assuré. Or ce récit appartient à un tout autre époque dans la transformation de la matière et les capacités technologiques de gouvernance de cette matière, quand l'état devait former l'élève en tant que technologie (sachant lire, écrire, compter) nécessaire au maintien de sa propre technologie (bureaucratie, armée, etc). La stratégie de l'Etat et du capital pour l'école publique comme lieu de dépossession (permettant de conduire les impératives de productivité et de pillage) est ici occulté par l'utilisation d'un ancien récit méritocratique qui repose sur une naïveté dangereuse à l'époque actuelle. Sans nier l'importance des matières de base, cette vision de l'école n'est pas favorable à l'agency car il n'encourage pas les citoyens de rependre le contrôle de cette institution afin de la reconvertir en lieu voué à la formation de l'anthropos tel que défini par eux, et non par l'état (l'anthropos changemaker) en fonction des besoins du capital.

La directrice d’Emmaüs Solidarité explique le projet scolaire :


« n’oublions pas l’école, alors les classes intégrées, ce n’est pas vraiment une école au sens propre du terme, ce sont des classes intégrées, on voulait à travers ce projet répondre à notre obligation scolarité il n’était absolument pas question que ces enfants ne puissent pas aller à l’école mais on s’est dits alors on va expérimenter peut-être autre chose ces enfants viennent de vivre l’horreur, ils sont traumatisés ils ont besoin de se reposer on sait pas pour combien de temps ils sont là mais on sait qu’il ne vont pas rester longtemps, on sait a priori qu’ils vont rester moins de trois mois, pourquoi les mettre dans une école juste à côté (...) on va leur permettre de se poser en apprenant la langue française en centrant l’apprentissage sur la langue française parce que c’est la clé pour après ils auront besoin de cette langue française pour pouvoir s’en sortir et pour pouvoir vivre ici. Donc l’éducation nationale a tout de suite donné satisfaction à notre proposition et les enseignants se sont portés volontaires, les enseignants salariés qui viennent ici, je crois qu’il y a trois enseignants quatre pardon qui sont présents (...) qui proposent des cours centrés autour de la langue française et pendant le temps de leur séjour qui peut être aussi bien d’une semaine que de trois mois. Donc pendant cette période les enfants sont pris en charge sont encadrés (...) et ils apprennent la langue française et en tout cas les prémisses de la langue française. » (Annexe P)

Fredette explique que la définition abstraite du citoyen par les institutions peut mener pour certaines personnes, dans l'expérience propre qu'elles font d'elles-mêmes, à l’exclusion en cas de cumul des facteurs d’exclusion – notamment d’être femme,  musulmane, non-blanche, et peut donc être tout sauf émancipatrice : 

« (...) the pursuit of difference-blind abstract republicanism can, in its defense of freedom of conscience, hamper certain articulations of that freedom. (...) Some French feminists champion this kind of rarefied, idea-based version of republican values. Take equality and the hijab as an example. The hijab, they argue, means women’s submission. Some members of the NPNS (including Fadéla Amara) and intellectuals (such as Caroline Fourest) say this. But in attributing one sole meaning to the hijab, these feminists deny those who wear it an equal chance to define for themselves what they think it means and what their religion means to them. The Muslim women (...) who wear the hijab, and those who do not, routinely expressed annoyance with being told « the hijab means X ». These French feminists (...) seeking to support the rights and equality of women, routinely deny religious women the ability to speak for themselves and form their own interpretations of Islam. » (155)

Ainsi, l'Etat impose sur tout individu sans lui laisser l’articuler pour lui-même de sa propre voix une définition essentialiste de l’essence humaine et les idéaux dans lesquels elle est certaine de se réaliser. Mais parce que cette essence ne peut être validée objectivement, elle doit être considérée comme épistémologiquement instable, d’où l’utilisation de l’espace scolaire pour l’imposer.

Dans l’étude de Gabiam conduit en 2010 auprès des Palestiniens de différents âges, genres, et statuts juridiques résidant en France, où il leur demande de définir d’eux-mêmes ce que veut dire être « sans nationalité », il est démontré que les sondés ne partagent pas toujours la définition optimiste de l’UNCHR à ce sujet. Ils sont nombreux à exprimer un scepticisme profond sur le potentiel émancipatoire de l’Etat, menant Gabiam à conclure que les efforts de l’UNCHR pour permettre à ceux sans nationalité d’integrér un statut de citoyen ne prennent pas en compte les souhaits propres des intéressés : 

« Several of them questioned the emancipatory potential of the state and sometimes went as far as to see the state-centered world that goes hand-in-hand with the concept of citizenship as a hindrance to freedom. Indeed, these interviewees argued that neither the concept of statehood nor that of citizenship could given them the kind of mobility they desired, all of rights they aspired to, or give them validation for the kinds of attachments that they felt in relation to their identity as Palestinians (...) While acknowledging some of the negative effects that UNCHR associates with statelessness, some of my Palestinian interviewees questioned the emancipatory potential of the state and the assumption that human rights and freedom can only exist within the framework of a state. Through their comments, some of my Palestinian interviewees argued that the state was a Western imposition and that political emancipation, and the freedom that comes with it should include the right to choose the political model one would like to be governed by. Additionally, while UNCHR points out that statelessness is an obstacle to mobility, the example given by several of my Palestinian interlocutors showed that state-issued citizenship offered them little in terms of their ability to circulate within the Palestinian homeland and did not always guarantee mobility within the Arab homeland and beyond. » (481, 496)

Un sondé a expliqué : 

« I would prefer that there not be borders and there not be countries. I would prefer for people to be able to travel wherever they want and live wherever they want. » (496)

Un cadrage restreint

Les médias aussi bien que les associations ne proposent que deux cadrages, visibles à l'Annexe B : le premier, destiné à un public de droite : ne rien faire et laisser les réfugiés dans la rue, laisser le zôê mourir, ou pire, menacer la capitale d’anarchie. Donc de les prendre en charge en tant que zôê afin de réguler et d’orienter l’espace de leur corps avec sous-entendu l’espoir de les expulser in fine. Et le deuxième, destiné à un public de gauche, que les sujets ont besoin de l’Etat, qui est un acteur moral et non seulement une technologie de gouvernance, pour régler un problème qui expose l’échec moral de la communauté majoritaire à prendre en charge, à intégrer en tant que citoyens moraux de leur propre initiative cette population déficitaire. Il incombe à l’Etat donc de les prendre en charge en tant que citoyens potentiels, bios, avec droits et devoirs envers la communauté majoritaire, donc de réguler et d’orienter leur espace culturel avec l’espoir qu’ils s’y intégrèrent. Aucun des deux cadrages ne permet de penser les réfugiés en tant que anthropos, comme sujets sociaux ayant des besoins sociaux et culturels qui leur sont propres et qui ne nécessitent aucun « accompagnement » ni de la part de l’Etat, ni de la part de la communauté majoritaire, pour appréhender leur monde et construire leur propre récit de leur propre voix.

Eric Fassin dans le film Notre Monde plaide pour la reconnaissance du sujet immigré au delà de sujet individuel comme être social avec des liens sociaux qui doivent être pris au sérieux par la loi de l’Etat. Il fournit pour ce faire une logique « d’inversion de la question immigrée » :

« (...) on s’apercevrait que les immigrés ce sont des êtres sociaux autrement dit qu’ils sont comme nous loin d’être l’opposé de nous, nous qui sommes des êtres sociaux, et eux qui sont des individus isolés et bien il serait dans le lot commun, il serait comme tout le monde. Eux seraient comme nous au lieu que eux s’opposent à nous. Et il me semble que ce serait un levier pour en finir avec le problème de l’immigration. (...) On pourrait imaginer que si on prend au sérieux ces liens sociaux qui constituent aussi les immigrés, demain on se poserait la (...) question comment a-t-on pu être xénophobes donc remettre des liens c’est en finir avec le problème de l’immigration. »

Continuant dans cette même logique, il est urgent de comprendre, compte tenu du fait que la culture se construit au cours des interactions sociales, que l’être social est forcément un être culturel avec des liens sociaux qui permettent de vivre et cultiver sa culture propre, au sein de la communauté avec laquelle il a le droit de s’identifier et d’être reconnu dans ce choix d’identification par l’Etat. Ainsi pourrait-on invertir la question de communauté, ce qui ne pourra que bénéfique à la communauté majoritaire en invitant ses membres à interroger leurs propres pratiques culturelles et valeurs comme celles ayant permis l’essor du capitalisme ainsi pratiqué et perpétué par le modèle de gouvernance de l’état-nation, qui fait que « la question de l’immigration » et « le communautarisme » existent du tout. Fredette suggère que le refus de reconnaître la différence peut résulter dans la discrimination : 

« Difference-blind abstract republicanism presents a puzzle. Is it possible to believe in equality without first acknowledging difference? Both are articles of faith, but equality without the acknowledgment of difference is faith in an idea: that of the abstract person, as opposed to faith in the embodied individual. (....) It is possible to reach discriminatory outcomes when one is focused on principles as opposed to people: the effects of those principles on actual people are not investigated. Outcomes are merely presupposed to be optimum if actions strictly follow the principle. (...) It is unlikely to answer the concerns of all of France’s increasingly diverse population. » (157)

Zôê, bios, anthropos ?

La sagesse anthropologique nous apprend que la liberté culturelle a une influence très importante sur la situation matérielle de n’importe quel groupe. Il est nécessaire afin de maintenir l’ordre social actuel de réduire les réfugiés à leur seule matière biologique de zôê ou, légèrement plus respectueux, à leur seule matière citoyenne de bios avec l’obligation de croire en l’Etat et d’intégrer la communauté majoritaire qui permet son maintien, d’être citoyen-consommateur afin de maintenir le droit inviolable et sacré à la propriété privée. Les accusations de « communautarisme » servent à rendre vraie la pensée morale de la communauté majoritaire en ce qui concerne la bonne théorie de justice (l'utilité par le travail) pour déterminer la distribution de droits d’accès et de possession au niveau de l’espace de son corps, de son quartier, de son école ou lieu de travail, et permettent, dans le cas des réfugiés, la seule redistribution des ressources et de l’argent de l’Etat à seuls ceux partageant les ambitions matérielles et culturelles selon la moralité de ce dernier. Pourtant, cette moralité n’a jamais été mise à l'épreuve dans une société nationale culturellement libre où les communautés sont reconnues  (comme sont, par exemple, les entreprises multinationales) et peuvent s'organiser internationalement en réseaux diasporiques comme font, par exemple, les entreprises multinationales, afin de mener leur propre stratégie de contrôle du monde matériel selon leur propre moralité en préparation pour le non-state world. Ainsi il est facile pour l'Etat de continuer à maintenir que sa Vérité, matérialiste, est la seule, qu’elle s’applique à tous puis que la plus émancipatrice : impossible de confirmer ou démentir cette moralité comme serait le cas sous un modèle de gouvernance décentralisé avec un accès démocratisé des groupes à l'espace matériel comme culturel, avec une accommodation normative « faible » (thin) exigé des groupes au niveau du processus politico-juridique, comme le conçoit Gregg en prenant comme exemple la contestation du droit à l’avortement aux Etats-Unis :

« (...) Rawls posits for liberal democratic societies a specifically moral form of justice: political virtue is moral virtue where justice derives from principles « embodied in human character and expressed in public life » (1993 :147). On this account, (to employ a typical example), an evangelical Christian opponent of legalized abortion and a secular supporter of abortion rights would have to seek justice in putative principles embodied in their characters as human beings, hence in principles universally shared, hence universally valid in the eyes of those who recognize them. (On this account, everyone holds such principles, but not everyone may realize that he or she holds them, in which case such persons hold false beliefs about themselves. This move only compounds the explanatory problems of Rawl’s approach.) The approach presupposes fundamental agreement among persons on both sides of the issue ; it assumes that all persons share the same thick morality, as the content of those principles. But were this the case, how would one account for the fact that there continue to be two robust sides to this issue, each intractably opposed to the other ? On Rawl’s account, one would have to conclude that some people simply do not realize what their own, true fundamental beliefs are. This conclusion is unsustainable because it presupposes what cannot be shown (or at least I know of no plausible account): that these principles actually exist at some universal, perhaps ultimately anthropological level. By contrast, my approach presupposes no empirically unverifiable fundamentally shared principles held by all human beings. In fact, my approach does not even work toward normative consensus but rather toward the less ambitious, more realistic goal of accommodation. My proposal of normatively thin politics of mutual accommodation has to do with contending political, or cultural, or social groups recognizing one another as having the status as every other group. To that extent my proposal constrains all groups to respect one another as an aspect of their right to advocate their position peacefully and within the bounds of law. No one of these groups has the right to impose its position on another, unless those positions win in terms of legislation or judicial interpretation. Losing groups retain the right to maintain their contrarian viewpoints and to continue to advocate them. These groups, which may be normatively thick, are related to one another in (...) normatively thin ways (...). Justice in normatively thin terms is not moral (normatively thick) but political ((...) normatively thin). Justice occurs in the normatively thin relations among groups within a constitutional order that applies to all normatively thick groups equally. To be sure, the losing side of the abortion debate will experience moral anguish at its defeat, but it need not be politically violated: anguished as Christians but not as citizens (or, if the secularists lose, anguished as secular humanists but, again, not as citizens). » (4-5)

Il y a besoin urgent de prendre au sérieux l’espace culturel afin d’exposer la moralité matérialiste déguisée que l'on nomme amoralité de l’Etat capitaliste et l’hégémonie culturelle que permet l’ordre social matérialiste, et le besoin pour cet ordre de poursuivre son accumulation coute-que-coute jusqu’à s’approprier le contrôle de l’espace du corps même. Le déni de cet espace culturel fait qu’il est si difficile de trouver de la place ou de l’argent pour accueillir des réfugiés. Un changement des attitudes dans ce sens sera également bénéfique pour la communauté majoritaire en réduisant le risque de ses membres de céder à la solution fasciste pouvant nourrir le pillage par le déshumanisation de nouveaux groupes en proposant à cette communauté d’autres moralités hors le matérialisme réductionniste avec théories de justice divergentes pouvant mener à une modernité autre. Ce n’est qu’en déconnectant le domaine culturel de l’Etat – en séparant les impératifs économiques de l’ordre social actuel à maintenir la possession privée par ses technologies de violence et de dette, du reste de la vie – tel que l’accueil des réfugiés, qu’il devient possible d’imaginer l’économie et l’innovation technologique au service de l’anthropos tout entier, avec autant de différents groupes proposant autant de différentes anthropologies allant de la plus certaine à la plus incertaine quant à l’essence humaine et son eschatologie, plutôt que de réduire l’anthropos en zôê à qui l’on oblige par epistémicide de servir l’innovation technologique, engendrant la situation actuelle de la conscience souffrante dans sa matière pour laquelle le transhumanisme est proposé comme rémède. J’appelle décolonisation cette remise en question du récit capitaliste unique promulguée par les institutions de l’état par l’ouverture de celles-ci à d’autres récits pouvant les redéfinir dans le cadre d’une normativité faible, suivant Gregg : 

« Patriotism centered around belief in a constitutional order (...) The abstract principles of a constitutional order (what I developed as generalized community) do not dictate a single way of institutionalizing those principles, or a single cultural order. They can support different ways of life, multiple worldviews, and a range of personal and collective identities. Again, normative fragmentation in late modernity is not moral decline: it is moral adaption to social heterogeneity, moral flexibility, and moral tolerance for difference. It is is thin politics rather than thick moralities, but thin politics accomodative of thick moralities » (194). 

Peut-être que l’homme ne consiste qu’en sa matière biologique de zôê, la conscience n’était qu’une illusion, et est donc réductible à la seule technologie : son récit se termine alors avec l’émergence de l’intelligence artificielle générale. Dans ce cas, l’idée de favoriser plus de mixité sociale est la juste, car la moralité du capital actuel est la plus juste, ses membres étant les plus technologiquement avancés. Une politique de mixité permettrait au moins d’assurer l’inclusion, au sein de la communauté majoritaire en lice à l’augmentation techno-biologique, des réfugiés qui n’auraient jamais pu prétendre d’y parvenir si laissés livrés à eux-mêmes au sein de leur propre communauté culturellement autonome du matérialisme réductionniste, dont la moralité n’était pas la bonne. Mais si le destin réservé pour l’humanité est tel – si la Vérité n’est que matérielle - cela sera dans tous les cas la réalité à l’avenir de toute manière. Autant permettre d’épuiser la possibilité d’un destin autre, en permettant aux réfugiés de se rassembler et de vivre selon leurs valeurs et cultures propres, de raconter leur propre récit de leur propre voix s’ils le souhaitent, y compris à l’école. La fin de l’Etat-nation  – par le fascisme et/ou par l’ordre spontané - arrivera de toute manière vu la poursuite sous la démocratie de la tyrannie de la communauté majoritaire dans sa vénération de l’argent, et enfin par la mise en place des nouvelles technologies de gouvernance, d’où la nécessité d’accorder dès à présent des pleins droits d’organisation sociale et d’expression culturelle dans l’espace public aux groupes, libertés qui peuvent leur permettre une chance égale à refaçonner le monde matériel selon leur culture et moralité propre. L’autre possibilité – celle poursuivie par l’Etat – est une épistémicide immédiate par l’extinction de toute autonomie culturelle inutile à l’ordre actuel, objectif accompli en profitant de la situation matérielle des réfugiés lors de leur passage par le France. Cette oppression de l’anthropos, la culture se renouvelant et se nourrissant de l’expérience vécue de ses membres, s’effectue à travers la politique d’accès aux espaces, dans les discours, et par des pratiques matérielles – au niveau du corps zôê, au niveau du logement auquel on peut prétendre, et au niveau de l’école, espace régulé par l’OCDE et de nombreuses multinationales.

Comme lors de la Révolution, avec l’invention de l’Etat-nation démocratique pour mener l’évolution humaine pendant le moment industriel matérialisant, permettant l’existence de l’Eglise en tant que structure parmi d’autres au sein de la plus grande structure de l’Etat, devant désormais défendre ses propres partis-pris sur l’anthropos et la vérité face à la compétition, afin de permettre à l’humanité de venir à ses propres conclusions spirituelles et culturelles avec leurs nécessaires conséquences matérielles, le cas des réfugiés à Paris est une preuve parmi tant d’autres que nous nous buttons contre un moment historique aussi conséquent, dans lequel l’Etat capitaliste démocratique et son régime de possession privée devra faire ses preuves, comme structure d’organisation sociale parmi d’autres structures, dont celles d’autres communautés. Cette organisation étatique de la civilisation devra défendre ses propres partis-pris sur l’anthropos et la vérité, notamment que l’homme est réductible à sa seule dimension technologique, afin de permettre à l’humanité de venir à ses propres conclusions spirituelles et culturelles avec leurs nécessaires conséquences matérielles. Comme avec l’Eglise, il est tout à fait concevable que l’Etat-nation capitaliste et la communauté majoritaire qui en vit puissent continuer d’exister à côté d’autres communautés, permettant l’avancement continu du projet évolutionnaire, modernités alternatives dont les décisions en matière de valeur, violence, et régime de possession (privé ou collectif) seront laissées à la discrétion de chaque espace souverain. Comme défend Gregg : « (...) a common political regime characterized by normative « thinness » is the best way to allow different and competing « thicknesses » to flourish side by side in mutual tolerance » (1).

 La seule manière d’arriver à cette finalité est par l’attribution dès maintenant aux communautés des droits sur l’espace. Pour de nombreux communautés ne partageant pas la certitude matérialiste sur l’homme de l’Etat-nation, cette attribution est une urgence, compte tenu de la nécessité matérielle du capitalisme de rentrer dans le corps et la conscience dans le cadre du projet transhumaniste, tentative désespérée de prolonger la possession privée et l’accumulation, de prolonger l’anthropos comme être productif devant soit piller soit être pillé. Kaebnick nous rappelle qu’il est fort improbable que les individus puissent véritablement avoir un choix libre face à l’augmentation sauf dans le cadre de l’organisation communautaire où l’état étendrait le droit accordé aux individus au niveau des groupes eux-mêmes (162). L’exemple des réfugiés nous montre que la bataille pour faire avancer l’organisation sociale vers cet idéal décentralisé ne fait que commencer, et qu’en plus d’être linguistique, par les pratiques discursives, et culturelle, par l’école, elle comprendra forcément aussi une dimension de violence physique (« on est sûr d’être visibles et donc d’être évacué », Annexe Q), vu la violence physique employée par l’Etat à l’égard de ceux désirant occuper l’espace rien qu’entre eux, que ce soit à Calais ou autour de la Porte de la Chapelle. A la fin de cette lutte – forcément spatiale - s’il s’avère que l’essence humaine est essentiellement réductible à la seule matière, toute tentative d’organisation par la communauté autonome – toute modernité alternative au transhumanisme et sa smart city – échouera. Par la même occasion, admettant la résolution du problème de rareté des ressources par la nanotechnologie et énergies renouvelables, s’il existe des êtres humains dont la nature et le récit ne pourra se réaliser que dans un régime de possession collective, régime dans lequel ils pourront, grâce à une véritable liberté de gouvernance, mener indépendamment de la contrainte d’accumulation, leur vision morale unique, leur contribution singulière au projet humain telle que définie par eux, cela ne pourra, à terme, que complémenter tous les autres êtres humains trouvant dans le matérialisme réductionniste leur plus haute réalisation.

Une décolonisation grâce à la communauté

Pour certains, la possession collective est en fait le régime de possession le plus juste et donc le plus moral. Cette mode de possession n’est possible que lors que la vie économique est organisée en forme de communauté pouvant s’ autogouverner, par exemple à l’aide des énergies renouvelables dont le stockage est plus efficace au niveau local (et non national), par les nouvelles technologies de gouvernance et de valeur que sont la blockchain et la cryptomonnaie. Vu que cette mode de possession collective menace celle qui fond l’Etat aujourd’hui et qui fait vivre ceux qui le contrôlent, leur permettant d’écumer la transformation (matière<->énergie) qui a lieu dans l'espace alchimique du marché (qui n'est pas alors libre, mais entretenu par et pour eux, qui se trouvent au sommet de l'ordre social en raison de leur proximité historique et/ou actuelle à la technologie la plus puissante (violente)) pour un contrôle technologique et accumulation du monde matériel encore plus assuré, l’Etat est dans l’incapacité, par ses besoins d’utilité, de répondre aux besoins en liberté et droits des individus croyant en la possession collective par la communauté. Ces individus vivent dans l’oppression culturelle car aujourd’hui obligés par l’Etat à conformer leur moralité et leur culture propres, notamment par l’intégration à l’école gérée par le capital et au marché de l’emploi confié au capital et du logement établi et maintenu par l’Etat en faveur du capital. La seule manière non-violente pourtant de respecter la devise de la République – liberté, égalité fraternité – en ce qui concerne la liberté culturelle des individus est de permettre à ceux désireux de vivre selon leur moralité et culture propres de se rassembler en groupe, en permettant au niveau de leur communauté la décentralisation de la valeur et de la violence jusque-là monopolisées par l’Etat. La culture, le renouveau culturel, étant essentiel à l’homme pour sa survie, la véritable égalité et liberté serait de permettre à ceux ayant des besoins culturels similaires de se regrouper pour assurer leur propre survie face à l’aliénation engendrée par l’accumulation avancée et l'angoisse pouvant être provoquée par le contrôle quasi intégral par le capital des technologies qui gouvernent désormais le monde matériel et virtuel et qui deviendront demain les fondations de l'infrastructure de gouvernance nouvelle. En réalité, les centres d’hébergement de la Mairie de Paris expose de la part de l’Etat un projet purement matérialiste déguisé en projet idéaliste : c’est l’insistance sur le monde matériel qui empêche de voir les autres possibilités qui deviennent évidentes dès lors que l’on prend le monde culturel des réfugiés au sérieux. En cela, la communauté du centre d’hébergement est une hyperréalité pour la société française « anti-communautariste » et l’impasse dans laquelle elle se trouve : la prétendue neutralité culturelle imposée par l’Etat sur l’espace publique permet aux français d’entretenir l’illusion que la culture de l’Etat est d’un idéalisme bienveillant. 

en gras = emphasis mine

Works Cited


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RTL – Toujours avec vous, dir. « Anne Hidalgo était l’invitée de RTL le 26 septembre 2016. » 26 Sept. 2016. Web. 20 Oct. 2017. (lien)
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TVLaTribune, dir. « (Forum Smart City) Discours d’ouverture – Anne Hidalgo, Maire de Paris. » 22 Nov. 2014. Web. 20 Oct. 2017. (lien)

           












Annexe A
Transcription du discours d’Anne Hidalgo à la Mairie de Paris le 31 mai 2016

“Je souhaite que ce centre que nous ouvrirons à Paris soit un centre qui permet à la fois d’être un accueil du jour, c’est-à-dire qu’il permet d’évaluer, de diagnostiquer la situation de chacune de ces personnes, dont bien sûr avec l’aide de l’OFRPA, avec les traducteurs, avec toutes les équipes qui peuvent nous permettre de travailler sur la situation de chacun, et que ce site soit aussi un site qui permet l’hébergement des personnes qui arrivent démunies.

(AFP, dir. “Paris: création d’un camp humanitaire de réfugiés (Hidalgo).” 31 mai 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)



Annexe B
Transcription du discours d’Anne Hidalgo sur le chantier du centre de réfugiés le 12 septembre 2016

« On part d’une observation qui est d’un besoin d’offrir un espace protégé, un espace d’accueil digne pour des réfugiés, des migrants, qui aujourd’hui s’organise souvent en campements de fortune ou d’infortune dans les rues de nos villes. L’alternative à la rue pour les réfugiés, pour les migrants, elle est dans les lieux comme celui-ci, pour pouvoir les accueillir, pouvoir se poser, pouvoir avoir un temps de repos et penser la suite de leur histoire avec une connaissance des droits qui sont les leurs. »

(AFP, dir. “Anne Hidalgo visite le chantier du futur centre de réfugiés. ” 12 Sept. 2016. Web. 20. Oct. 2017.) (lien)



Annexe C
Transcription partielle du discours d’Anne Hidalgo sur le plateau de BFMTV le 9 juin 2015

« (...) Une chose est sûre : en tout cas, les migrants ne peuvent pas dormir dehors. Ce n’est pas acceptable, ce n’est pas digne d’expliquer qu’ils doivent rester dehors alors qu’il y a des places d’hébergement disponibles. Les violences bien sûr qu’il faut condamner les violences et je les condamne mais je crois que ce qui s’est passé hier est peut-être d’une autre nature, ça doit nous amener à réfléchir, ne pas exploiter d’une façon politicienne cette situation de misère et chercher des solutions. »

(BFMTV, dir. “Les migrants ne peuvent pas dormir dehors, dit Anne Hidalgo. ” 9 juin 2015. Web. 20. Oct. 2017.) (lien)



Annexe D
Transcription partielle du discours d’Anne Hidalgo à l’AFP, 11 sept. 2015

« (...) c’est vrai que ce moment très particulier qu’on vit avec les réfugiés qui affluent nous a obligé comme on a dit à pousser les murs à par exemple mettre aussi de côté un certain nombre de projets je pense par exemple au lycée Jean-Carré dans le XIXème qui doit devenir une médiathèque, ben, pendant quelque temps ça va être un lieu d’hébergement pour les réfugiés, voilà, quand je vois ces images bien sûr que je me sens en union à l’unisson avec ces personnes parce que c’est tellement notre histoire collective l’histoire collective de notre pays mais aussi de cette ville de Paris que, voilà, là, le lien est très fort. »

(AFP, dir. “Le mairie de de Paris accueille des réfugiés du Moyen-Orient. ” 11 sept. 2015. Web. 20. Oct. 2017.) (lien)



Annexe E
Transcription partielle d’un entretien d’Anne Hidalgo accordé à RTL le 26 septembre 2016

« Environ 80 à 100 (migrants arrivent chaque jour) et donc nous avons besoin effectivement de proposer une alternative à la rue parce qu’ils arrivent ils sont là ça c’est une réalité et bien souvent ils viennent camper de façon voilà dans ces campements d’infortune de façon sauvage au pied d’ailleurs des habitations ce n’est ni digne pour ceux qui sont dans ces conditions là je pense bien sûr à tous ces migrants tous ces réfugiés ni pour les habitants de ces quartiers populaires. (...) Alors aujourd’hui dans l’état actuel des choses il n’y a pas assez de places d’hébergement et donc j’ai souhaité avec l’Etat qu’il m’accompagne que nous puissions ouvrir un lieu qui sera un lieu d’accueil où ils vont pouvoir se poser et être orientés vers les centres d’accueil et d’orientation qui doivent prendre leur place partout en France. Je sais que le Ministre de l’Intérieur a décidé l’augmentation des places partout en France c’est absolument indispensable vous savez il y a 10.000 personnes à accueillir (...) »

(RTL – Toujours avec vous, dir. « Anne Hidalgo était l’invitée de RTL le 26 septembre 2016. » 26 Sept. 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)




Annexe F
Transcription d’un interview d’Anne Hidalgo à Europe 1 le 6 juin 2017

« Il nous faut un camp humanitaire on le voit très bien vous savez certains expliquent que le fait de créer des structures d’accueil c’est un appel d’air qui est donné mais l’appel d’air il est là quand on voit le nombre de personnes, bien sûr je maintiens l’idée, un ou plusieurs parce que nous ne voulons pas non plus de très très grandes unités, de plusieurs centaines de personnes, donc on sera amener d’ici quelques semaines puisque je suis en train de faire expertiser plusieurs sites dans le nord de Paris (...) pas simplement le nord il y a aussi un site à l’est qui est en examen mais pourquoi le nord (...) je fais en sorte que tous les arrondissements de Paris contribuent et notamment l’ouest pour les SDF où nous avons gagné une bataille sur le plan juridique (...) mais d’abord pourquoi le nord, parce que c’est effectivement autour de la porte de la chapelle que convergent les migrants souvent on nous dit d’ailleurs que dans les réseaux de passeurs on leur dit de venir à la Chapelle et donc c’est un endroit où se groupent toutes ces personnes et je pense qu’il faut être à proximité des endroits où ils viennent donc nous sommes en train de travailler avec bien sûr les associations nous avons consulté les HTR sur les conditions nécessaires pour pouvoir installer ce campement humanitaire, pouvoir permettre à ces personnes de se poser dans des conditions dignes et examiner leur situation (...) bien sûr c’est à l’état de le faire c’est une des responsabilités de l’état vous savez comme d’ailleurs mon collègue le maire de Grand-Synthe qui s’est trouvé confronté (...) à des campements de fortunes comme on en avait aussi à Calais il a décidé de prendre les choses en main parce qu’il vaut mieux organiser cet accueil qui est là et l’organiser de façon digne plutôt que d’avoir des campements partout dans la ville et donc oui moi je on travaille avec l’état je n’ai pas à chercher la polémique (...) on a relogé plus de 8.000 personnes (...) mon propos est le suivant : il faut assumer. Ces personnes sont sur notre territoire, et on va pas cacher la réalité, et donc prendre en compte la réalité, c’est créer des conditions d’un accueil où ce ne sont pas les habitants de nos quartiers de nos quartiers populaires du nord de Paris qui finalement ont aussi à subir des situations d’urgence de ces personnes, en plus ils sont vraiment très solidaires les personnes de nos quartiers populaires hein mais on doit apporter des solutions concrètes. »

(Europe 1, dir. « Anne Hidalgo : « Je maintiens l’idée d’un ou plusieurs camps humanitaires. » 6 Jun. 2017. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)

Annexe G
Transcription d’un discours d’Anne Hidalgo le 6 septembre 2017

« Bienvenue. Nous allons faire en ce qui concerne ce centre le choix d’une double localisation, il y aura donc deux lieux : le terrain du bois, une ancienne friche SNCF, qui est situé dans le XVIIIème arrondissement à la porte de la Chapelle, et ce site sera consacré à l’accueil des hommes, des hommes seuls. Le deuxième site et je veux remercier de façon très appuyée aussi Philippe Bussoud le Maire d’Ivry-sur-Seine donc au Sud-Est de Paris, c’est dans l’ancienne usine des eaux d’Ivry que sera organisé aussi un site pour les publics vulnérables, nous pensons bien sûr aux femmes, aux enfants, nous allons relever aussi un défi quantitatif puis que nous aurons 400 lits sur le site au nord de Paris à son ouverture et une chiffre qui sera porté à 600 places d’ici la fin de l’année, et il y aura 350 places pour les personnes vulnérables sur le site sud-est qui lui va ouvrir dans un deuxième temps d’ici la fin de l’année. Les sites qui sont actuellement retenus sont des sites temporaires, ils doivent accueillir dans deux à quatre ans donc d’autres projets et il conviendra donc de les libérer. Je vous remercie. »

(AFP, dir. « Deux centres pour réfugiés ouvriront à Paris et Ivry. » 6 sept. 2017. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)





Annexe H
Transcription partielle d’un interview d’Anne Hidalgo à BFMTV le 9 juin 2015

« Je pense qu’il va falloir effectivement que nous allions vers un lieu qui permet d’accueillir ces personnes pendant une durée de l’ordre d’une quinzaine de jours peut-être mais qui leur permet de se poser de réfléchir de faire ce travail avec les associations (...) de penser s’ils demandent le droit d’asile en France ou pas. (...) D’abord, il y a des reconduites à la frontière pour celles et ceux qui sont dans ces situations là et puis il y a aussi des personnes qui ont les moyens ou qui récoltent les moyens pour aller rejoindre leur famille on sait qu’il y a pas mal de réfugiés qui ont de la famille en Grande-Bretagne (...) »

(BFMTV, dir. « Hidalgo favorable à un ‘lieu qui permettrait d’accueillir’ les migrants temporairement. » 9 Jun. 2015. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)





Annexe I
Transcription d’un interview d’Anne Hidalgo à Europe 1 le 27 septembre 2015

« D’abord nous sommes et là j’ai toujours porté cet élément là dans la discussion, nous sommes déjà avec une saturation c’est vrai je le dis vraiment avec la plus grande honnêteté du dispositif d’hébergement d’urgence. Tous les jours à Paris ce sont 30.000 personnes qui sont hébergés via le SAMU social entre la ville et l’Etat, 30.000 personnes dont environ 16.000 enfants tous les jours. Alors cette saturation c’est la réalité à laquelle nous sommes confrontés et nous avons été confrontés l’hiver dernier. Avec l’Etat, avec les associations, avec cette démarche que nous avons eu, nous avons poussé les murs, nous avons identifié des lieux, par exemple le lycée Jean-Carré, qui est un lycée dans lequel il n’y a eu plus de lycéens depuis quelques années, nous l’avons identité pour qu’à terme ce soit une médiathèque mais entre temps (...) nous avons décidé et avant même qu’il n’y ait des réfugiés à l’intérieur qu’il serait transformé en lieu d’hébergement pour ses réfugiés donc pousser les murs chercher de nouveaux de nouvelles adresses tout le monde s’y est mis la ville l’Etat les hôpitaux de Paris tout le monde s’y est mis pour chercher ces places pour qu’il n’y ait pas de confrontation publique. »

(Europe 1, dir. « Hidalgo alerte sur « une saturation du dispositif d’hébergement d’urgence » à Paris. » 27 Sept. 2015. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)





Annexe J
Transcription d’un interview de François Baroin à Public Sénat le 1er juin 2016

« Madame la Maire de Calais avec son équipe municipale a été exemplaire dans l’accompagnement là au moment où l’Etat était complètement absent. L’Etat aujourd’hui à la demande de la Maire de Calais établit un centre protégé sécurisé on était même arrivé à une séparation des hommes et des femmes mais il y a encore beaucoup à faire par exemple il n’est pas normal de laisser malheureusement s’enfermer des populations dans ce qui est une impasse en quelque sorte un hot spot sur la frontière de la Grande-Bretagne sans savoir précisément qui est sur le territoire. Il doit y avoir des prises d’informations, il doit y avoir des prises d’empreintes, il doit y avoir un recueil des identités réelles, on doit savoir qui est sur le territoire. (Qu’un camp de Paris permettrait de répondre à ces questions) c’est incontestable ce sera certainement plus efficace (...) on a toujours dit à l’association des maires de France que le principe d’humanité doit gouverner tous les autres principes et c’est le devoir de la France l’honneur de la France et c’est aussi le respect des conventions européennes d’être à côté des naufragés de la vie des réfugiés ceux-là même qui ont fuit ceux qui nous ont attaqués l’année dernière dans ces attentats sanglants. »

(Public Sénat, dir. « François Baroin soutient le camp de réfugiés à Paris. » 1 Jun. 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)





Annexe K
Transcription d’une vidéo de riverain, Porte de la Chapelle

« Allez les migrants là allez on y va ! » - Les policiers
« Les policiers sont arrivés, ont tout de suite demandé nos papiers. Après, ils nous ont dit de partir. A part ça, il ne nous parle pas. On est rien pour eux, on est transparents. Ce soir, je dormirai encore ici, dans cette rue. De toute façon, j’ai tout perdu il y a longtemps, quand j’ai quitté mon pays. » - Témoignage d’un réfugié
Louïc Horellou, riverain – « Il doit y avoir je ne sais combien 500 je vois une centaine sur le trottoir là et puis il y a une centaine qui ont été amenés quoi qui vont revenir. La ça faisait dix jours qu’il n’y a rien eu mais tout le mois d’août il y a eu des opérations tous les deux trois jours la ville dit qu’il ne cautionne pas ça du tout, Emmaüs qui prend en change les gens qui sont censés les aider les mettre à l’abri et cetera se sont mis en grève parce qu’il étaient pas d’accord avec ça donc finalement il n’y a plus que nous des gens des riverains des gens qui veulent aider des citoyens et la police qui vient. (...) Plein de gens trouvent qu’ils sont sales, qu’ils puent, ils ont des maladies, ben non c’est pas vrai ils sont pas sale ils ne puent pas ils n’ont pas des maladies, ils sont sales ils puent ils ont des maladies parce qu’on les met dans ces situations là c’est à dire qu’à la base ils sont plutôt propres ils ont envie d’être propres mais le problème c’est qu’il n’y a pas d’eau courante, en général il faut attendre plusieurs semaines avant qu’il y ait au moins un robinet (...) mis en place par la Mairie. (...) alors là si on compte on est loin des soixante ou quatre-vingt-dix toilettes qu’il faudrait quoi, moi je suis excédé je suis en colère je n’en peux plus mais je ne suis pas en colère vis-à-vis d’eux, je suis en colère de la situation dans laquelle on les met. (...) Nous ce qu’on voit là tout de suite c’est que si jamais elle ouvre le camp maintenant, il est déjà saturé au double de ses capacités donc je sais pas comment ils vont faire. Tout le monde nous prédit dans les années à venir des flux migratoires liés au réchauffement climatique et qu’apparemment ça va être sans commune mesure avec ce qui se passe actuellement. Donc, on a tout intérêt à essayer de trouver des solutions et à mettre en place un système qui fonctionne.  »

(Pierre Lrnt, dir. « Enième expulsion d’un camp de migrants, à Paris. » 15 Sept. 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)



Annexe L
Vidéo de Yann Manzi, cofondateur de l’assocation Utopia56

« Bonjour Yann de l’association Utopia56, petite présentation sur ce qu’on va faire sur le camp à Paris, à porte de la Chapelle, le camp qui va ouvrir à Paris pour les primo-arrivants de façon qu’on ne voie plus personne dans la rue dans les mois qui viennent et de façon qu’on puisse offrir des conditions d’accueil décentes aux primo-arrivants. Ce camp va être sur une période de cinq à dix jours, l’idée c’est vraiment de travailler sur ce qui n’a pas marché dans les évacuations précédentes, c’est de proposer un temps où on va pouvoir avoir entre cinq à dix jours pour que les gens puissent se poser et que l’on puisse leur expliquer ce qu’elle est que la vie en France, les différentes possibilités qu’ils vont avoir, et qu’on puisse demain les orienter vers les différents dispositifs, que ça soit des familles, des mineurs, ou des adultes. Il est évident que ce camp ne répondra pas à tout le monde, il n’a pas cette prétention là, il a la prétention d’essayer d’offrir des solutions alternatives par rapport à ce qui existe aujourd’hui c’est-à-dire rien. Dans ce camp Utopia56 va travailler à organiser des collectes à Paris, à travailler à l’extérieur du camp de façon à pouvoir alimenter ce camp, mais aussi à alimenter l’extérieur du camp, les collectes qui vont servir toutes les collectes qu’on va organiser et qu’on va stocker ici on va avoir une capacité de stockage d’environ 4,38 tonnes. »

(Association Polyvalence, dir. « Présentation par Utopia56 du camp humanitaire d’Anne Hidalgo. » 8 Nov. 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)




Annexe M

Anne Hidalgo : « L’alternative à la rue pour les réfugiés pour les migrants elle est dans les lieux comme celui-ci pour pouvoir les accueillir, pouvoir se poser, pouvoir avoir un temps de repos et penser la suite de leur histoire avec une connaissance des droits qui sont les leurs. Certaines personnes nous expliquaient que le fait de faire un centre ça va créer un appel d’air je leur dis qu’ils ne voient pas le monde réel tel qu’il est. Le monde réel c’est que ces personnes sont ici, elles sont en place, personne n’a inventé les réfugiés qui sont aujourd’hui à Calais ou à Paris, ils sont là, et donc, nous nous sommes ici pour apporter des solutions et faire en sorte pour que les populations qui sont des populations de nos villes ces situations ne soient pas non plus ingérables. »

Aurélie El Hassak-Marzorati, directrice adjointe d’Emmaus Solidarité :
« Ce que nous ne voulions pas faire c’était des grands dortoirs inhumains nous voulions penser ce projet de la façon la plus humaine possible ce personnes vont être là pendant cinq à dix jours, comment pendant ce délai extrêmement court ces personnes pourront se reposer pourront comprendre le fonctionnement de la France et pourront tout simplement accéder très rapidement à une orientation adaptée à leurs souhaits et à leur situation administrative. »

Ian Brossat Chargé de l’hébergement d’urgence à la Mairie de Paris :
« Notre objectif c’est de faire disparaître les campements sauvages et d’offrir à ces hommes et à ces femmes qui aujourd’hui errent dans les rues de Paris ça fait aujourd’hui des mois qu’on a des centaines de gens qui errent dans les rues de Paris dans le nord-ouest parisien parce qu’on a pas les équipements qui permettent de réaliser ce premier accueil. »

Question du journaliste : « est-ce que vous pensez que l’ouverture de ce camp va permettre de mettre à terme à tous ces campements illégaux, sauvages, insalubres. »

Pierre-Yvez Bournazl (Conseiller LR de Paris) : « Je considère que la pire des situations c’est celle que nous vivons actuellement. En tant que habitant du XVIIIème je vois les campements sauvages se multiplier, c’est indigne à la fois pour les réfugiés qui vivent dans des conditions d’insalubreté mais aussi qui sont la proie d’éventuels mafias ou de réseaux. C’est indigne pour les riverains qui subissent de lourdes nuissances. Alors moi je dis qu’il faut peut-être un centre d’accueil, ça peut être un moindre mal, mais je pose deux conditions : d’abord que ça soit un lieu efficace, qui permet d’accélérer les procédures de demande d’asile, afin de sortir le plus tôt que possible du centre d’accueil ces personnes, et d’accélérer aussi – ça c’est une politique de fermeté – les reconduites à la frontière, qu’elles soient accélérées pour celles et ceux qui n’ont pas bénéficiés du droit d’asile. A ces conditions là ça peut être un moindre mal. »

Emmanuelle Grégoire (Conseiller PS de Paris) « Et la deuxième chose (...) c’est la question de la solidarité territoriale. Il est certain que Calais et Paris ne peuvent à elles seules supporter l’arrivée de ces réfugiés, c’est impossible pour ces deux villes, et par contre c’est tout à fait possible à l’échelle d’une politique métropolitaine. »

(Public Sénat, dir. « Sénat 360 : Alstom / Camp de réfugiés/ Primaire à droite (12/09/2016). » 12 Sept. 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)








Annexe N
Transcription d’un interview d’Anne Hidalgo à RTL le 13 octobre 2015

« A Paris tout le monde doit prendre sa part (...) à l’accueil des réfugiés. (...) Pourquoi j’insiste là-dessous c’est que aujourd’hui la plupart des centres d’accueil sont plutôt dans des quartiers populaires et que beaucoup de gens de ces quartiers populaires qui sont plutôt généreux ou ouvert même si ce n’est pas les plus fortunés de la ville nous disent pourquoi toujours dans nos quartiers est-ce qu’on ne peut pas équilibrer territorialement et donc oui on équilibre territorialement et aussi à l’ouest il y aura des personnes en difficulté dans des lieux magnifiques on va travailler avec les architectes de l’urgence et moi je suis très fière que notre ville soit une ville accueillante dans tous ses arrondissements. »

(RTL, Toujours avec vous, dir. « Accueil des réfugiés : ‘Je suis très fière que Paris soit une ville accueillante dans tous ses arrondissements. » 13 Oct. 2015. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)




Annexe O
Transcription d’un reportage de la Mairie d’Ivry à l’occasion de l’ouverture du camp, discours de Anne Hidalgo

« (...) moi je suis très heureuse parce qu’ici on offre un accueil digne et il va y avoir un accompagnement social y compris la scolarisation des enfants parce que nous avons ici en perspective des enfants. Ce centre s’ajoute à ce que nous avons fait à la porte de la Chapelle. Porte de la Chapelle c’est un accueil de plutôt hommes seuls qui arrivent nous avons depuis l’ouverture de ce centre accueil quasiment 4.000 personnes. 4.000 personnes c’est l’équivalent du dernier campement qui avait été démantelé Boulevard Jean-Jaurès à Paris, c’est-à-dire que nous avons évité des campements de 4.000 personnes à ce jour. »

(Mairie Ivry, dir. « Premier migrnants accueillis aux centre d’hébergement d’urgence d’Ivry-sur-Seine. » 24 Jan. 2017. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)











Annexe P
Vidéo officielle de propagande du Ministère chargée de la Cohésion des Territoires

Paul Duprez, Président d’Emmaüs Solidarité : « Madame la Ministre, je suis particulièrement heureux de vous accueillir ici. La Ministre du Logement a su trouvé les moyens financiers pour permettre à ce dispositif d’exister, d’avoir soutenu et d’avoir porté ce projet, merci de votre accompagnement, merci de votre soutien constant. »
Philippe Bouyssou : « Dans les années qui viennent, on va être confrontés à cette question de réfugiés tous à l’échelle de la Métropole (...) et je pense que le niveau de réponse qu’on est capables d’apporter ici en termes de qualité et de capacité d’accueil c’est le niveau de réponse dont on va avoir besoin partout.
Valentine Guichardaz-Versini, Architecte : « Voilà une image perspective de la préfiguration de l’état final, voyez sur la droite le quartier des femmes isolées et couples, sur la gauche le quartier des familles (...)
Aurélie El-Hassak-Marzorati, directrice adjointe Emmaüs Solidarité : « Dans aucun centre d’hébergement pour migrants d’Europe aujourd’hui il n’existe ce Pôle Santé, et ce Pôle Santé pourtant est absolument indispensable, je tiens tout particulièrement à parler de la réponse Psy, puis que nous avons dans ce pôle santé des psychiatres qui vont pouvoir intervenir et des pédo-psychiatres et croyez-moi la présence de pédo-psychiatres est absolument indispensable.
Emmanuelle Cosse : « Aurélie vous avez raison d’insister là-dessous parce que en CAO depuis Calais on a fait des diagnostiques santé avec des personnes qu’on n’avait pas vu pendant plusieurs mois, on avait découvert des maladies (...) extrêmement graves (...) et très clairement le fait d’avoir cette offre là va aider à les prendre en charge beaucoup plus rapidement. »
Aurélie El-Hassak-Marzorati : « Ca protège toute la population. »
Emmanuelle Cosse : « Oui, absolument. Et puis ça prend en charge en effet des gens qui ont besoin de suivi et de soin. »
Emmanuelle Cosse : « Un centre de grande qualité qui permet aussi il faut le dire très sincèrement un accès à un diagnostique de santé, un suivi social et évidemment un travail aussi sur la maîtrise du français. »

(Ministère de la cohésion des territoires, dir. « Migrants : un centre de premier accueil réservé aux femmes et aux familles ouvre à Ivry-sur-Seine. » 18 Jan. 2017. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)

Annexe Q
Interview de Pierre Henry, directeur de France Terre d’Asile

« A partir du moment où on prend un espace sur le trottoir qu’on y séjourne pendant quelques jours y compris dans des conditions dantesques indignes on est sûr d’être visibles et donc d’être évacué. (...) Ca veut dire que si dans toutes les grandes agglomérations dans toutes les capitales régionales il y a des structures analogues de transit où l’on puisse dire bienvenue aux gens où on les identifie et on les oriente ensuite. »

(CNEWS, dir. « Face au manque de places d’hébergement, un centre d’accueil pour migrants va ouvrir à Paris. » 6 Sept. 2016. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)




Annexe R
Interview avec la directrice-adjointe d’Emmaüs Solidarité, Aurélie El-Hassak-Marzorati

« Pendant trois ans et demi Emmaüs Solidarité s’est battu avec d’autres associations pour qu’un lieu tiers (...) qui puissent permettre aux personnes migrantes d’être accueillies et d’être accompagnées. De bénéficier d’une orientation adaptée à leur situation, et d’être orientées vers un dispositif adapté, ce lieu-tiers il est polymorphe, vous l’avez visitée le centre humanitaire qui est situé Boulevard Ney ce centre humanitaire est composée d’un accueil flashy, on l’a voulu flashy (...) du jaune un peu fluo de façon à ce que les habitants de Paris peuvent être fiers de l’accueil des gens et que le centre humanitaire ne se retrouve pas sous un tunnel ou (...) cette grosse bulle elle accueil aussi bien les hommes les femmes les enfants les mineurs isolés étrangers et dans cette bulle nous proposons à chaque situation une orientation. Les hommes sont orientés dans la grande halle qui est située juste derrière (...) Les familles, les femmes, sont orientées vers ce centre d’hébergement d’urgence à Ivry-sur-Seine (...) Si on veut continuer à accueillir des migrants (...) dignement il est important qu’on réfléchisse à cette question de l’interprétariat et à cette question de la médiation culturelle, bien sûr culturelle, quand on fait à Paris un centre d’hébergement d’urgence comme celui-ci d’accueillir des personnes diverses, de les mettre dans le même quartier, de mélanger parce que c’est un lieu de vivre-ensemble parce que la France est un pays de vivre-ensemble, et bien il faut se donner les moyens de la médiation, il faut se donner les moyens de l’interprétariat pour que ces personnes nous comprennent et pour que nous aussi (...) c’est un lieu très serein très calme (...) cette rondeur elle a été choisie volontairement (...) on ne voulait pas que les prises de repas qui sont des moments absolument primordiaux dans la vie de toute un chacun soient des moments où il y a des tensions ou de l’agressivité ou des bruits et donc ce sont des lieux qui sont volontairement petits pour que des personnes puissent manger tranquillement (...) ici les hébergés prennent leur petit-déjeuner, leur déjeuner, et leur dîner, et très bientôt il y a une autre yourte qui va ouvrir à proximité (...) et dans cette yourte les familles pourront faire leurs propres repas, et faire découvrir leur nourriture aux autres, parce que le meilleur moyen de vivre ensemble et le meilleur moyen de se rencontrer c’est de partager des repas des saveur des autres et d’aller à la découverte culinaire de son voisin (...) pour revenir sur les 400 personnes, 400 personnes c’est énorme, on a pu être critiqué là-dessous, vous avez une grande capacité, comment accueillir dignement 400 personnes dans un lieu et cetera, et bien comment, la réponse elle est avant tout architecturale (...) ce sont des quartiers (...) ici vous êtes dans un petit village, six quartiers qui sont tous faits de la même façon, des chambres, des sanitaires, douches-toilettes, et une yourte au bout du quartier, avec (...) des chambres modulables qui peuvent s’adapter à la taille du ménage, l’idée c’est que ce quartier soit un lieu chaleureux, et donc dans chaque quartier on a des salariés identifiés, on sait que (...) au bout du quartier il y a un bureau, le bureau de l’auxiliaire socio-éducatif, salarié d’Emmaüs Solidarité qui est là pour faire du bien, pour leur dire bonjour, c’est important bonjour, et puis pour gérer pour participer à la vie quotidienne, pour expliquer aux personnes comment se passe la vie dans ce centre, pour leur donner des repères, pour tout simplement pour les accompagner pour les écouter. Et donc chaque quartier a un auxiliaire socio-éducatif qui est là pour qui joue ce rôle nuit et jour cette présence elle est permanente. Cet auxiliaire socio-éducatif il vient aussi au moment de la distribution des repas, il partage vraiment la vie quotidienne des personnes, et puis en plus de cela vous avez des travailleurs sociaux. Pour revenir à cette notion de quartier il était vraiment important pour nous que ça soit uniquement cinquante personnes pour vivre dans ce quartier, cinquante personnes c’est un chiffre raisonnable où on peut travailler le vivre ensemble et où on peut travailler le lien sans générer de tensions. Les communautés se mélangent, vous avez aussi bien dans le quartier des soudanais que les afghans, on n’a pas voulu faire des quartiers de soudanais, ou des quartiers de personnes afghanes communautaires, il n’en était pas question, l’idée c’est que dès leur installation dans le centre d’hébergement d’urgence ils comprennent (...) le vivre-ensemble.  Des travailleurs comme je vous disais les auxiliaires socio-éducatifs sont là pour faire l’accueil au total ce sont 80 personnes pour travailler ici d’Emmaüs Solidarité, il y a aussi les salariés du SAMU Social et puis de nombreux bénévoles qui sont présents (...) et puis des bénévoles qui sont présents aux côtés de (....) la médiatrice socio-culturelle pour leur mettre dans la vie des activités des ateliers dessin etc etc (...) et n’oublions pas l’école, alors les classes intégrées, ce n’est pas vraiment une école au sens propre du terme, ce sont des classes intégrées, on voulait à travers ce projet répondre à notre obligation scolarité il n’était absolument pas question que ces enfants ne puissent pas aller à l’école mais on s’est dits alors on va expérimenter peut-être autre chose ces enfants viennent de vivre l’horreur, ils sont traumatisés ils ont besoin de se reposer on sait pas pour combien de temps ils sont là mais on sait qu’il ne vont pas rester longtemps, on sait a priori qu’ils vont rester moins de trois mois, pourquoi les mettre dans une école juste à côté (...) on va leur permettre de se poser en apprenant la langue française en centrant l’apprentissage sur la langue française parce que c’est la clé pour après ils auront besoin de cette langue française pour pouvoir s’en sortir et pour pouvoir vivre ici. Donc l’éducation nationale a tout de suite donné satisfaction à notre proposition et les enseignants se sont portés volontaires, les enseignants salariés qui viennent ici, je crois qu’il y a trois enseignants quatre pardon qui sont présents (...) qui proposent des cours centrés autour de la langue française et pendant le temps de leur séjour qui peut être aussi bien d’une semaine que de trois mois. Donc pendant cette période les enfants sont pris en charge sont encadrés (...) et ils apprennent la langue française et en tout cas les prémisses de la langue française. Et puis là on est en train de travailler sur l’apprentissage de la langue française pour les adultes (...) il faut aussi que les adultes puissent s’en sortir et donc dans très peu de temps les adultes vont avoir aussi des cours de langue française qui (...) et on va les inciter fortement à apprendre la langue française dans la même dynamique que leurs enfants. (...) Ils veulent rester en France, après ils ne peuvent pas choisir leur lieu leur destination. Ce qui se passe c’est que toutes les personnes ici sont orientées vers des centres d’accueil et d’orientation, vers des CADA (...) des CAO/CADA dans toute la France (...) à Emmaüs Solidarité d’expliquer aux personnes où elles sont orientées, de leur expliquer à quoi ressemble la région, le département, la ville, la vie là-bas, est-ce qu’il y a de l’emploi, est-ce qu’il y a une école, etc etc, après on prend dans l’orientation on prend en considération les problématiques santé, il peut arriver qu’une personne ait des problématiques santé qui nécessitent de se situer à côté d’un hôpital qui est spécialisé etc ça on transmettra cette information à l’orientateur qui répondra qui lui proposera une orientation adaptée à sa situation. Il y a un travail d’orfèvre qui est fait dans l’orientation pour que les personnes puissent être soignées (...) ils sont tous orientés vers les CAO. (...) Après vous savez c’est un projet mixte hein il y a 350 personnes migrantes et il y a 50 personnes rom ce serait trop simple sinon l’idée c’était toujours dans cet esprit de vivre-ensemble (...) on a voulu aussi leur proposer d’intégrer ce centre d’urgence donc on a cinquante personnes qui ont été repérées (...) dans les rues d’Ivry et qui sont hébergées dans ce centre, donc il y a une co-habitation. »

(Equipe Benbassa, dir. « Visite du Centre d’hébergement d’urgence Emmaüs Solidarité d’Ivry-sur-Seine (11 mai 2017). » 11 May 2017. Web. 20 Oct. 2017.) (lien)